Paris donne une courte bouffée d’oxygène aux cinémas indépendants

Mardi 6 octobre, la Ville de Paris a annoncé qu’une subvention exceptionnelle serait débloquée pour venir en aide aux 36 salles de cinéma indépendantes.

L’initiative salvatrice est saluée dans le milieu, resté en apnée depuis la crise du Covid 19. La Mairie de Paris a voté mardi matin l’octroi d’une nouvelle subvention exceptionnelle à destination des cinémas indépendants de Paris, afin d’éviter leur fermeture. La somme de 438 000 euros annoncée par la municipalité, sera répartie à hauteur de 5 000 euros par salle et 40 000 euros maximum pour chacun des établissements. Le Conseil a par ailleurs émis une attention particulière à l’égard de La Clef, le dernier cinéma associatif de la capitale, menacé d’expulsion faute de rentrées d’argent suffisantes. « On s’est engagé à tout faire pour sauver ce cinéma unique », avait détaillé à l’Agence France Presse Carine Rolland, l’adjointe à la maire, lors de la divulgation de cette aide.

Selon une étude menée par le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée), les cinémas « standard » (UGC, Pathé, Mk2), observent une chute d’environ 73% de leur taux de fréquentation, depuis leur autorisation de réouverture du 22 juin dernier. Ce bilan alarmant n’a pas épargné les cinémas d’art et essai, qui de par leur ADN n’ont pas vocation à enregistrer le même nombre d’entrées que les géants du box-office. Ayant une fréquentation moins grand-public, la chute de chiffre d’affaire dans les 36 établissements s’est ressentie d’autant plus violemment, et les séquelles engendrées au cours de ces derniers mois brisent ces lieux de culture, qui peinent aujourd’hui à relever la tête. « Ce sont les purs et durs qui reviennent. On sent que sur ce public, il y a un vrai engouement, mais ce n’est pas suffisant pour remplir nos salles et combler le manque à gagner de deux mois de fermeture. Lorsqu’on a pu rouvrir, malheureusement il n’y avait pas d’offre de films vraiment très alléchante donc ceux qui venaient, c’était vraiment pour du cinéma d’auteur très pointu, que des distributeurs dont moi, avaient décidé de remettre dans les salles », explique Sophie Dulac productrice, distributrice et exploitante de films indépendants. 

Le gouvernement ne peut pas toujours jouer l’État Providence s’il n’y a pas de reprise économique. 

En dépit du climat incertain et des restrictions d’accueil imposées pour garantir la sécurité sanitaire, les gérants des cinémas indépendants accueillent la nouvelle avec surprise : « C’est quand même la moitié du budget annuel attribué d’ordinaire au cinéma qui vient de nous être subventionné. C’est quand même énorme qu’ils puissent injecter cet argent dans nos salles. », salue Amandine Larue, déléguée générale adjointe du CIP (l’Association des Cinémas Indépendants Parisiens). Le soulagement qui découle de cette décision municipale demeure cependant perçu comme un simple moment de répit supplémentaire dans les activités des infrastructures. Les directeurs d’établissements déplorent l’aspect court-termiste de ce tremplin financier. Sophie Dulac, également à la tête d’un réseau de 5 cinémas d’art et d’essai de la capitale, analyse la situation d’un oeil pragmatique : « Ça nous donne une grande bouffée d’oxygène, parce que même si on a eu des prêts garantis par l’État, des subventions cet été, et des aides, ça donne une bouffée d’oxygène à l’instant T. On a quand même tout décalé : les loyers, les charges… Il y a encore des gens qui sont au chômage partiel donc toutes ces sommes là qui ont été décalées, il va bien falloir les payer ». 

Au jour le jour 

La réalité des professionnels du secteur oscille au gré des annonces gouvernementales. Le contexte d’inconstance sanitaire actuel ne leur permet pas de garder un niveau d’activité fiable. « Ça allait mieux en fin août et en début septembre mais là on observe une baisse de fréquentation depuis l’annonce de la fermeture des bars et des restaurants de lundi dernier », constate Émilie Nouveau, directrice du cinéma le Studio des Ursules. Au niveau du CIP, les évènements sont relancés « comme si c’était normal », confie Amandine Larue avant d’ajouter : « tout ce qui est évènementiel, ciné-club et ciné-concert ça remarche plutôt bien en ce moment, alors on continue. On a l’espoir de rester ouverts ». 

D’autre part, l’État a lancé un plan de soutien pour aider les cinémas de toute la France. Ce fonds, doté de plusieurs dizaines de millions d’euros, contient 50 millions de sa somme prévus pour la compensation du recul des recettes liées à la pandémie. « La culture en France représente tout de même 220 millions de spectateurs rien que pour le cinéma. Donc merci les aides, elles sont bénéfiques à court terme, mais à moyen terme c’est un peu plus compliqué ; si la fréquentation ne reprend pas normalement d’ici Noël ça peut être une catastrophe parce qu’on aura toujours des charges à rembourser et que le gouvernement ne peut pas toujours jouer l’État Providence s’il n’y a pas de reprise économique », conclut Sophie Dulac. 

Nawal Benali

©cc/googleimages

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