RamZ : « Au début les graffeurs étaient considérés comme des vandales et aujourd’hui ils se retrouvent chez Louis Vuitton »

Des rues parisiennes aux galeries hongkongaises, le jeune homme a marqué les lieux de ses passages d’une empreinte alliant calligraphie arabe et graffiti. Nous l’avons rencontré à Paris, afin de savoir ce qui se dissimulait derrière sa grande discrétion.

Bonjour Ramzi, pour commencer, peux-tu nous expliquer quels ont été tes premiers contacts avec la calligraphie ? 

Le premier contact que j’ai eu avec la calligraphie arabe c’était en Tunisie Je ne savais pas lire ni écrire l’arabe, mais je voyais qu’il y avait quelque chose, ça m’attirait artistiquement et esthétiquement. C’était aussi une manière de questionner ma deuxième culture donc j’ai commencé à reproduire des choses que je voyais dans la rue, mais aussi dans les mosquées, les ornements… Ça me fascinait parce que je n’avais pas l’habitude de voir ça en France. Après, j’ai voulu m’y intéresser davantage mais de manière autodidacte, je n’étais même pas dans une démarche artistique où je voulais exposer ou quoi que ce soit. C’était juste pour moi seul. Après ce qui est drôle c’est que j’ai fait un bac littéraire avec option arts plastiques et déjà là, c’était bizarre parce que tous mes travaux ne renvoyaient qu’à ça. Tout le monde savait : à chaque fois que je pouvais inclure des lettres, j’en mettais (rires). Même quand ça n’avait rien à voir. Je trouvais toujours une manière de bifurquer. Prendre des cours de calligraphie vraiment structurés avec des maîtres, ça s’est fait beaucoup plus tard. 

Alors justement, qu’est ce qui t’a fait franchir le cap et sortir de ta sensibilité d’autodidacte pour te pencher sur un enseignement plus traditionnel ? 

Je me suis dit : « Pourquoi pas ? ». Je voyais ce qui se faisait autour, j’allais souvent à l’institut du monde arabe dans le 5ème arrondissement de Paris, parce que c’était que là qu’on pouvait trouver des bouquins. Puis dans la vingtaine, après mon bac, je voulais partir m’installer en Turquie, pour apprendre la calligraphie. Finalement je ne l’ai pas fait, mais tout en restant à Paris je fréquentais de plus en plus de maîtres calligraphes. Il y avait des instituts où on donnait des cours, et à chaque fois que je pouvais rencontrer quelqu’un je saisissais l’opportunité d’apprendre. Et après, ça s’est fait aussi lorsque je rentrais en Tunisie l’été, où je rencontrais aussi d’autres maîtres grâce au bouche-à-oreille. Je passais mes après-midis avec eux. Ils étaient extrêmement gentils, et voulaient vraiment me pousser et m’aider. 

Je suis rentré chez moi comme s’il m’avait donné de l’or et directement j’ai commencé à tester, à faire des trucs, et c’est aussi parti comme ça.

Qu’est-ce que t’ont enseigné les maîtres que tu ne pouvais acquérir seul ? 

En fait c’est comme la calligraphie latine, hébraïque, chinoise ou japonaise : il existe différents styles. Par exemple dans la latine, tu as le style gothique ou le style de la capitale romaine. Donc plusieurs manières de tracer les lettres, etc…  Et en fait la calligraphie arabe c’est la même chose. Lorsque tu te rends chez un maître, il t’impose un style et tu vas tracer des lignes et des lignes de lettres.  La particularité c’est qu’elles sont complètement décortiquées. Tu as l’impression que c’est un seul élément mais en fait il y a toute une réflexion et des gestes. Tu apprends l’outil, comment le tailler (parce que c’est un roseau biseauté) et à te servir de l’encre. Et en fait, ce qui est particulier en arabe, c’est que la lettre n’a pas la même forme quand elle isolée au début, au milieu ou à la fin d’un mot. Donc tu as plusieurs formes à apprendre pour chaque lettre et tu es obligé de jouer avec tout ça, et c’est très long. C’est un apprentissage sur plusieurs… non, c’est vraiment toute une vie. J’ai appris un petit peu tout ça, mais j’avais besoin de créer alors j’ai préféré écourter. Mais c’était aussi par souci d’argent, je ne pouvais plus faute de moyens, j’étais étudiant et c’était compliqué. 

Il y a une personne qui a beaucoup compté dans cette quête, tu peux nous en dire quelques mots ?

Oui, j’étais un gamin (rires), je devais avoir, je ne sais pas, peut-être 18 ans quand j’ai fait la connaissance de l’artiste irakien, Hassan Massoudy. Il est très connu car il a cassé les codes de la calligraphie arabe classique. Avec lui il n’y a plus de style, il a créé son propre univers et il a été très critiqué par les conservateurs. Ce qu’il a fait, personne n’en avait eu l’idée auparavant. Il travaille avec des grands morceaux de carton assez rigide qu’il trempe dans l’encre qu’il fait lui-même. Il a un atelier à Paris sur le canal de l’Ourcq et il me voyait passer devant. Un jour je suis allé le voir, il m’a regardé et il m’a fait « Mais comment tu t’appelles ? ». Donc je me suis présenté et je lui ai expliqué que j’avais présenté certaines de ses oeuvres au bac. À ce moment, il se rendait à son atelier et il m’a dit « Attends reste ici ». De là, il m’a ramené deux morceaux de carton, me les a tendu et m’a dit « Tiens, essaye ». Je suis rentré chez moi comme s’il m’avait donné de l’or et directement j’ai commencé à tester, à faire des trucs, et c’est aussi parti comme ça. Je me suis rendu compte qu’il y avait plus de possibilités, parce que lorsque tu te sers du roseau taillé, il ne peut pas avoir trop d’épaisseur dans les lettres. La calligraphie classique c’est souvent des petits formats. Hassan, a aussi complètement révolutionné les outils en les modernisant et parce qu’il utilisait un peu de tout. Ça m’a beaucoup inspiré pour toucher à d’autres outils comme les marqueurs, ou les pinceaux plats de peinture. En fait ça m’a permis de me rendre compte qu’on peut tout faire.

Je connais certains maÎtres calligraphes américains, ou japonais. Il n’y a pas de frontières, tu peux apprendre la calligraphie sans forcément lire et écrire.

Y-a-t-il une hiérarchie ? Certaines personnes sont-elles plus habilitées que d’autres à enseigner certaines méthodes ? 

Oui. Déjà, tu es habilité à enseigner et même à signer ton œuvre uniquement quand tu es maître calligraphe. Et tu ne l’es que lorsque tu obtiens ce qu’on appelle en arabe « Al Ijaza ». Mais dans le cadre de la calligraphie, l’enseignement ça peut être cinq ans, dix ans, huit ans… En fait, c’est une sorte de diplôme qui est fait à la main par ton maître. Ça prend la forme de paroles très axées sur le religieux, mais en fait c’est plus une forme de bénédiction écrite qui dit, pour résumer grossièrement : « Que Dieu bénisse telle personne, à qui j’ai enseigné tel style », etc… Et c’est un truc en or, un document historique, en quelque sorte. Ton maître te donne l’autorisation d’enseigner ce qu’il t’as transmis et de signer tes œuvres. Avant ça tu ne peux rien signer parce qu’il estime que tu n’es pas prêt. 

Justement, faut-il quand même avoir une base religieuse pour pouvoir faire de la calligraphie arabe ? 

Non pas du tout, c’est un art ouvert à tout le monde. Après il y a peut-être cette idée reçue parce que la calligraphie arabe est née à un moment dans l’histoire, où les musulmans ont voulu créer, étant donné qu’ils estimaient que la représentation humaine (l’iconographie) était prohibée. C’est la discipline majeure des arts islamiques parce qu’elle était utilisée pour embellir les lettres du Coran, considéré par les musulmans comme la parole divine. C’est pour ça qu’on pense qu’il y a toujours le côté religieux, mais il n’est pas forcément associé à la pratique. Les arabes étaient chrétiens avant d’être musulmans, ils étaient aussi juifs et polythéistes. C’est aussi ça que beaucoup de gens ne comprennent pas. Donc les lettres, étaient utilisées par tout le monde et la discipline artistique ce en elle-même n’est pas exclusive non plus. Je connais certains maÎtres calligraphes américains, ou japonais. Il n’y a pas de frontières, tu peux apprendre la calligraphie sans forcément lire et écrire. Après c’est vrai qu’il peut y avoir un manque à un moment donné, si tu veux faire des phrases. Mais après c’est quelque chose de purement visuel et esthétique, et c’est aussi lié à ce que tu ressens en toi. La religion ne veut rien dire. C’est beaucoup de préjugés finalement et c’est aussi pour ça que j’ai complètement délaissé le côté lisibilité dans ma propre pratique. C’est devenu complètement abstrait, parce que je ne veux pas qu’il y ait l’idée de lecture. Quand j’ai découvert la calligraphie arabe je ne lisais et n’écrivais pas non plus pourtant il y avait quand même cette attirance. 

Tu as décrit avoir été pris comme apprenti avec beaucoup de bienveillance, avais-tu une bonne relation avec les maîtres auprès de qui tu as été formé ? 

Oui, l’un des maîtres calligraphes avec qui j’ai fait une grande partie de mon apprentissage était diplômé de l’école d’Istanbul et dans la tradition truque c’est quelque chose qui doit être gratuit. Vendre cette transmission et c’est un peu considéré comme une honte, ça ne se fait pas de prendre de l’argent. Tu n’enseignes pas pour être rémunéré mais vraiment pour passer le savoir. Et comme il trouvait que je sortais du lot parce que j’avais vraiment l’envie, il voulait m’offrir ses cours. Bon, après la vie a fait que ça ne s’est pas réalisé parce qu’il a dû rentrer au pays et moi je suis resté un peu comme un orphelin (rires). Puis sur les trois maîtres calligraphes avec qui j’ai pu apprendre, deux sont rentrés dans leur pays d’origine. Avec tous ces trucs-là, il est arrivé un moment où je me suis demandé : « Mais bordel tu fais quoi là ? », et j’ai complètement lâché, parce qu’en parallèle j’étais aussi dans mes études. 

Qu’est ce qui a fait que finalement tu en es revenu au calligraffiti plutôt que de rester sur cette trajectoire inachevée ? 

Ça c’est une petite anecdote ! En fait un jour j’ai présenté mon travail à une directrice artistique. Elle ne savait pas ce que je faisais, et je n’avais jamais exposé de ma vie, je ne montrais rien. Elle travaillait pour un label de musique, et elle s’occupait de beaucoup d’artistes contemporains du Moyen Orient. Donc pas forcément de la musique traditionnelle, c’était plus des rappeurs ce genre de choses. Quand je lui ai montré mon travail je lui ai dit : « Voilà, je veux que tu me donnes ton avis, c’est un pote à moi qui fait ça ». Je ne voulais pas qu’elle prenne parti pour me faire plaisir. Et en voyant mon travail elle m’a dit : « Il faut que tu me le présentes ce mec-là, parce qu’on travaille sur une pochette et il faut absolument que ce soit lui qui la réalise. ». Et là ça a été le tournant dans ma carrière, c’était le début de quelque chose. Je trouvais ce qu’elle me disait incroyable vu son statut. On a collaboré ensemble et c’est de là que ça a commencé. 

Cette combinaison était même une réconciliation, et une manière de m’affirmer en tant qu’adulte et en français d’origine tunisienne.

Pourquoi tu as mis autant de temps à pouvoir montrer des créations ? 

Autour de moi je voyais beaucoup d’artistes et de jeunes talents. Donc je me disais « Pourquoi pas moi ? Pourquoi tu le gardes pour toi ? ». Après si aujourd’hui je suis quelqu’un de réservé, je l’étais encore plus avant. Je n’avais pas confiance en moi à l’époque. Le fait de savoir que ça plaisait et que les opportunités se soient présentées à moi au fur et à mesure, ça m’a permis de booster cette confiance. Mais au final l’art c’est ce qui m’a sauvé. Je le dis vraiment parce que dans le fond je savais que c’était ça que je voulais faire. Au début je n’avais aucune idée du métier je voulais faire, mes parents me demandaient et je ne savais pas quoi leur répondre et je me suis rendu compte que toutes les études que j’ai fait c’était pour eux, et pas pour moi. Si je devais revenir en arrière je me serais consacré à mon art beaucoup plus tôt. Mais après je sais que ce sont des choses qui serviront toujours. C’est aussi ce qui fait que je suis là aujourd’hui. 

Tu es issu d’une double culture, est-ce que c’est de là que ta pratique artistique trouve sa source ? 

Comme tu l’as mentionné je suis d’origine franco-tunisienne, né en France, à Paris. Mes parents sont tunisiens et sont venus ici pour trouver du travail. Donc, je suis issu de l’immigration et comme beaucoup d’autres jeunes dans ce cas, il y a un moment où tu te poses beaucoup de questions : tu te cherches, tu te demandes d’où tu viens en voyant que tu n’es pas forcément considéré comme un français à 100% mais comme un français de seconde zone. En fait, il y a un moment où tu ne sais pas trop. Moi l’art je baigne dedans depuis très jeune et c’était une manière de concilier ces deux cultures. Cette combinaison était même une réconciliation, et une manière de m’affirmer en tant qu’adulte et en français d’origine tunisienne. Quand t’es jeune, t’es un peu entre les deux et tu le perçois comme une faiblesse mais quand tu arrives à trouver quelque chose qui concilie les deux, tu en fais une force et tu vois qu’en fait c’est un plus. Culturellement ton panel est beaucoup plus ouvert qu’une personne qui n’en connait qu’une seule. 

Tes œuvres témoignent justement de la fusion entre calligraphie arabe et art contemporain, entre deux mondes : Orient et Occident. Comment en es-tu arrivé à mêler les deux ? 

Il y a un moment donné où je me disais : « Mais pourquoi tu ne crées pas ? Pourquoi tu ne lances pas ton truc ? Combien de temps ça va prendre ? ». Puis vu l’environnement dans lequel j’étais c’est très logique que j’en sois arrivé à mélanger les deux. L’environnement dans lequel tu es t’influence. Quand t’es à Paris, tous les jours tu prends le métro pour aller en cours, etc… et comme dans toutes les grandes villes t’as du graff partout. En observant je me suis rendu compte que ça faisait partie de ma culture également. Certes, je me reconnaissais dans la calligraphie classique mais en fait, il me fallait quelque chose qui fasse penser à cette autre culture qui était aussi la mienne, pour qu’au final je fasse quelque chose qui me représente entièrement. Ce que je fais aujourd’hui a toujours été un peu le miroir de ce que je suis. Au début c’était l’art contemporain. À l’époque je m’inspirais beaucoup de Jackson Pollock parce qu’il travaille beaucoup avec des trames de peinture. C’est un artiste que j’avais beaucoup étudié au lycée et il me fascinait. Maintenant et avec le recul je me dis que c’est normal d’en être arrivé à ce que je fais parce que je ne pouvais pas rester dans le classique : ça ne me ressemblait pas complètement, mais je ne pouvais pas non plus faire du contemporain et délaisser ma culture tunisienne parce que ce n’était pas moi non plus. C’était plus évident qu’il fallait mixer les deux. 

Comment as-tu commencé à créer cette fusion ? 

Alors le graff est venu plus tard. Au début c’était plus des fonds avec des trames de peinture et une calligraphie par-dessus, des choses qu’on n’avait pas l’habitude de voir dans mon apprentissage classique très carré, très propre, et en fait j’avais besoin d’avoir un truc spontané. Donc c’était beaucoup de lettres et de compositions. Il y avait des phrases, des mots, mais toujours dans un univers où on voyait cette touche d’art contemporain. Puis le graff est apparu dans mes oeuvres quand j’ai remarqué que la culture urbaine avait de plus en plus d’impact sur la société. Au début les graffeurs étaient considérés comme des vandales et aujourd’hui ils se retrouvent chez Louis Vuitton. Mais bon, bien avant cette période-là la culture urbaine a commencé à rentrer dans les galeries. Mais voilà, au début je créais des compositions qui mêlaient un peu les deux avec beaucoup de couleurs aussi, parce qu’en classique c’était du noir avec de l’encre sur une planche ou sur un papier type manuscrit. Du coup tout ce que je faisais était vraiment en décalage avec tout cet aspect très rangé du classique. Au final, je me rends compte que j’ai regroupé la calligraphie et le graff pour montrer qui j’étais vraiment même si sur le coup je ne pensais pas à ça. 

Tu disais un peu plus tôt que tu cherchais à te détacher de l’aspect lisible des lettres que tu traces, dans le sens où tu n’écris pas de mots, ni de phrases. Pourquoi ? 

En fait la majorité de mon public n’est pas arabophone, et je me suis rendu compte qu’ils ne perçevaient même pas les lettres. Ils voient carrément autre chose, et c’est ce regard aussi qui donne des idées. C’est aussi ce qui démontre que c’est vraiment accessible à tous, c’est subjectif et chacun l’interprète comme il en a envie, et je me suis rendu compte que c’était ça qui était dingue. Parce que par exemple, le premier comportement qu’ont les arabophones c’est de vouloir lire. Étant donné qu’ils sont déjà sensibles à la calligraphie, ils vont essayer de déchiffrer ce qui peut y avoir dans une oeuvre. Quelqu’un qui ne lit pas l’arabe va s’intéresser à l’aspect esthétique, il sera plus dans l’émotion et dans la libre interprétation. Le fait de me détacher complètement d’une écriture qui comporte un sens est aussi une interrogation sur ce que je suis. 

Ramzi, l’interview arrive à son terme, avant de te laisser on aimerait savoir où on peut te retrouver prochainement ? Quels sont tes projets ? 

Je serais présent aux Portes Ouvertes D’Ateliers D’Artistes qui aura lieu au mois d’octobre. Ça sera une succession de performances qui se dérouleront sur la ville d’Asnières sur deux jours.

Un dernier mot pour la fin ? 

Oui, si il y a une chose que je dois souligner, c’est que je ne me présente pas comme un calligraphe, pour tous les aspects que j’ai évoqué. Ce serait un manque de respect par rapport à la discipline. C’est souvent l’étiquette qu’on me donne parce qu’on ne me connait pas. Donc « calligraffiti », c’est bien, en plus c’est un terme qui devient de plus en plus utilisé. 

Propos recueillis par Lison FERNANDES 

©cc/makeitmooove ©cc/ramzisaibi

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