Le Gqom : le son underground et subversif d’Afrique du Sud

Apparu vers 2012 dans les townships de Durban en Afrique du Sud, le mouvement underground conquiert depuis quelques années le reste de la planète. On vous en dit un peu plus sur le Gqom et son histoire.

 « Gqom ». Ce nom vous paraît surement étranger, mais il n’en est rien de ses sonorités. Si vous fréquentez les clubs afro, où que vous traînez fréquemment sur les réseaux sociaux, vous serez forcément tombés sur une vidéo de danse calquée sur ses rythmes. Retour sur la genèse du mouvement, soit en Afrique du Sud, où de nombreux styles musicaux (comme le Kwaito, ou l’Amapiano) ont explosé à l’aube de cette décennie, résolument portés sur les mouvements underground. Le Gqom s’inscrit comme une de ses sous-cultures, issu d’un mélange entre les musiques traditionnelles sud-africaines et les courants électro urbains.

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 Enfant des quartiers populaires du KwaZulu Natal, au nord-est du pays, le Gqom est affilié à la culture clubbing, et s’apparente de fait à la musique house. D’ailleurs, l’appellation en elle-même est un terme familier des langues zoulou et xhosa, pouvant se traduire par « bruit » ou « coup », soit le qualificatif criard d’une musique rebelle et non-consensuelle. Réalisées avec peu de moyens sur des machines rafistolées et des logiciels crackés, les bases du Gqom sont essentiellement concentrées autour de fortes percussions, génératrices d’une ambiance sombre et profonde, juxtaposées aux beats ancestraux locaux. Même sa diffusion première s’est faite de manière archaïque, dans les taxis faisant les trajets entre les banlieues et le centre-ville de Durban, où les chauffeurs passaient du Gqom à plein décibels, fenêtres ouvertes, pour s’attirer un maximum de clientèle.

Cette musique se voulant prompte à la transe de ceux qui la jouent et la dansent, incarne le reflet viscéral d’une histoire sud-africaine troublée, et par extension, de la vie des townships. La popularisation du courant se fait finalement l’écho artistique des fortes inégalités sociales et questionne la politique en vigueur, défavorisant toujours les castes les plus désoeuvrées.

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Une image ternie

Au cours des cinq dernières années, le Gqom s’est réellement popularisé à travers le pays malgré un boycott initial de la part de nombreux clubs et organes de diffusion. Brutaux, les tracks de ce genre, résonnent comme le porte-voix des enchevêtrements entre drogue, crime et violence des cités oubliées par le gouvernement. Ces clusters de pauvreté, réceptacles des laboratoires producteurs de drogues synthétiques et des trafics qui en découlent, ont fait connaitre à Durban, une explosion de sa consommation (notamment d’ecstasy et de codéine). Rendus facilement accessibles au cours des années 2010, ces stupéfiants ont eu une influence sur les habitudes de réalisation musicale et de l’écoute. La quête d’effets psychédéliques et destructeurs dans les mélodies, provient de ce passif. « Quand tu prends de l’ecstasy et que tu écoutes du Gqom, il se passe quelque chose qui est au-delà de l’espace. C’est compliqué à expliquer… c’est la combinaison qui fait que tu planes, les deux sont interconnectées. J’avoue que c’est dangereux, très, très dangereux. Parfois les gens meurent d’overdose, (…) mais c’est drôle, c’est agréable et tout le monde dans les townships fait ça. », confie l’un des membres du groupe de beatmakers Formation Boyz, dans le documentaire Woza Taxi.  C’est pourquoi bien que fortement écouté, les stations de radio et l’industrie musicale en général délaissent le genre pour des formes de house plus soft.

Si l’opinion sur le Gqom est mitigée au sein même de sa mère-patrie, la soif de curiosité venue de l’étranger l’a pourtant fait émerger auprès du public international. Un voyage particulièrement effectif au Royaume-Uni où des djs en quête de nouveauté, l’ont petit à petit intégré dans leurs sets. Le dicton « nul n’est prophète dans son pays » serait-il faste à une propagation exponentielle du mouvement ? Il semblerait que la doctrine opère dans ce sens, puisque depuis les débuts du Gqom, des soirées, festivals, et documentaires lui sont consacrés. Certaines artistes comme Sho Madjozi ou Busiswa Gqulu sont d’ailleurs devenues les ambassadrices worldwide de ces sonorités, les portant aussi bien sur la scène sud-africaine que mondiale dans une version édulcorée, plus dansante.

Lison Fernandes et Nawal Benali

Visionnez le documentaire « Woza Taxi » :

 

©cc/youtube/screenshot/shomadjozi ©cc/youtube/screenshot/wozataxi 

 

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