L’écrivaine Victoria Kabeya publiera bientôt un nouveau recueil sur la condition des Afro-arabes israélites

La jeune essayiste est sur le point de sortir une série de quatre ouvrages sur la thématique des Arabes noirs. Axés sur les stigmates d’une histoire tiraillée entre métissages et colonisation, ces livres dépeignent sans détours la dureté des conséquences sociales et identitaires, dont souffrent aujourd’hui ces communautés, avec un regard interne.

Contrairement à ses publications précédentes, l’auteure sort de l’analytique et dévoile ici ses pensées les plus intimes sur la question. Dans ces recueils rédigés en anglais, elle exprime avec la fougue qui la caractérise, les colères et peines liées à une parenté ethnique complexe.

Victoria Kabeya, tranchante, nous en dit davantage sur le premier à paraître : I Do Not Care About Your White Arab Tears- Tale of A Fed Up Black Arab Sista , (soit « Je me fiche de vos larmes d’Arabes blancs – Conte d’une sœur arabe noire excédée » en français).

Bonjour Victoria, cela fait maintenant 10 ans que tu as entamé des recherches historiques, mémorielles et cultuelles autour du monde Noir, pour finir par écrire des ouvrages sur la question. Avant de parler du contenu de ton dernier livre, peux-tu faire un point sur tes origines, qu’elles soient ethniques et culturelles afin de planter le contexte dans lequel tu t’inscris ?

Je n’ai pas d’origines fixes. Je suis clairement mélangée. Je m’identifie à mon héritage maternel tout d’abord. Ma mère est issue d’une lignée que les Américains ou anglophones qualifieraient de « MGM », c’est à dire « Multi Generational Mixed individuals », soit des personnes métisses sur plusieurs générations, mais ce n’est pas tant le mélange qui m’intéresse mais la culture. Je m’identifie ethniquement et culturellement comme Africaine et Arabe/Israélite, comme certains le diraient. Mon côté paternel est ghanéen et congolais (République Démocratique du Congo), mais j’ai aussi, du côté ghanéen, une extension avec les Caraïbes et les États-Unis car je descends directement des Afro-Américains et Caribéens qui étaient revenus en Afrique de l’ouest après l’esclavage, entre 1860 et 1900. J’ai d’ailleurs évoqué cet héritage tragique dans mon recueil anglophone Caribeña. Cependant, je n’ai jamais vraiment grandi avec ma famille paternelle, mais davantage avec celle de ma mère et je vois cet héritage caribéen comme l’extension directe de l’Afrique de l’ouest que je ne connais pas tellement non plus. Ma mère a deux grands-mères africaines métissées du Moyen-Orient et deux grands-pères congolais de la région du Kasai. (Kabeya est un nom kasaien). Ma lignée « maternelle-maternelle » est noire de la région israélo-palestinienne et la grand-mère paternelle de ma mère était une métisse de la côte swahilie d’ascendance tanzanienne, perse (blanche) et tamile (Inde). Cette branche swahilie a migré vers le Congo dans les années 20 et 30 car ils étaient ouvriers et avaient trouvé du travail dans la région du Shaba (le Katanga actuel) en passant par la Zambie voisine. Une partie est restée et l’autre est remontée vers le Kasai. La lignée canaanite de ma famille s’est retrouvée au Congo car elle a été emmenée par des marchands esclavagistes arabes du Yémen. J’ai de la famille noire palestinienne aujourd’hui, mais nous avions été séparés et je ne peux pas trop en parler car c’est très douloureux. Nous avons beaucoup souffert… Mais on peut dire que mes parents sont culturellement des Belgo-Congolais. De manière générale, les gens ont du mal à comprendre qu’une grande partie de ma négritude provient du monde arabe et en vérité, mon cas n’est pas le seul. Le Congo a été, par l’Est, un carrefour pour les esclavagistes et avant l’arrivée des Belges, les Arabes de la péninsule dominaient la région, surtout pour les comtés du Kindu, du Kivu et de Maniema, Kisangani. Il y a beaucoup de Congolais d’origine arabe de la Péninsule, et les marchands arabes étaient également au Rwanda, du Burundi et d’Ouganda. Religieusement ma lignée maternelle a trois backgrounds : le christianisme, l’islam chiite et le judaïsme (et même l’hindouisme, si j’ajoute). Je n’ai cependant aucune connaissance des religions animistes.

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Aujourd’hui tu nous présente le dernier recueil que tu as écrit I Do Not Care About Your White Arab Tears – Tale of A Fed Up Black Arab Sista, qui approfondit les causes de ce qui est devenu un combat du quotidien en tant que femme juive afro-descendante. Comment en es-tu venue à l’écriture sur la question ?

Parce que Dieu m’a dit que je serai auteure. Dès mon entrée à la fac, j’ai fait face à un problème identitaire ne sachant pas quelle voie professionnelle m’irait, j’étais assez perdue. J’étais bonne en langues mais j’ai eu un blocage. Je pense que l’Éternel m’envoyait un signe, de l’au-delà me disant clairement que le mode de vie traditionnel tel que je l’avais connu n’était pas pour moi. J’avais en fait une âme d’artiste que je voulais taire pour m’y conformer. Avec le recul maintenant, je me rends compte que l’écriture ne m’a jamais quittée. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que cette crise que j’ai rencontré lors de mes débuts à la fac, s’est aussi accompagnée d’une grande remise en question spirituelle et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à me rapprocher de mes racines hébraïques pour les démasquer réellement par la suite.

Étant donné la pluralité religieuse de ta famille, pourquoi t’être tournée vers la voie du judaïsme ?

J’avais l’embarras du choix, mais étant d’ascendance perse et en quête spirituelle, l’islam chiite me semblait trop compliqué et rigoureux. J’aurais été trop rebelle et n’aurait rien respecté. Sous le règne de la colonisation, la famille de ma mère n’a eu d’autres choix que de se plier à l’autorité catholique imposée par les Belges, sous peine de mort ou de torture pour certains indigènes à l’époque. Alors, cette pluralité religieuse s’est perdue. Je pense aussi que je n’ai aucun problème à m’asseoir avec des musulmans ou même des hindous, car j’ai grandi dans une culture africaine où les mariages interreligieux sont nombreux. Il est fréquent de voir au Congo, surtout à l’Est, des femmes chrétiennes épouser des hommes musulmans sans que cela pose problème. Nous sommes ouverts. Et moi je vois l’âme de la personne, je ne débats pas de religion. Si un muslim pense que Mohammed [ndlr : le prophète] est la vérité, je respecte son choix et vice versa. Ce monde est fou et chacun trouve sa paix comme il veut. Je n’aurais aucun problème si mes enfants se tournaient vers l’islam par exemple.

Dans ton parcours quels sont les éléments qui t’ont poussée à prendre la parole vis-à-vis de ta condition, qui finalement rejoint plusieurs luttes dont on entend de plus en plus parler, à l’exception du fait que tu les rassembles car c’est ce que tu incarnes ?

Il n’y avait jamais rien ou personne qui me ressemblait. Ma propre mère en qui je m’identifiais, se trouvait elle-même incapable de me transmettre ce qui lui fut retiré et caché. Je savais au plus profond de moi qu’elle tentait de survivre en se dissimulant derrière l’identité congolaise dont elle ne s’est jamais sentie totalement proche, car elle aussi tiraillée par plusieurs héritages et manquements. Mais moi, j’avais plus de courage à rejeter ce qui nous avait été imposé afin de me tourner vers la vérité de nos origines. Mais là encore, comment se retrouver au Levant [ndlr : le Proche-Orient] quand les populations noires ont clairement disparu ? Comment se retrouver en Palestine ou en Israël où nous n’existons plus ? J’ai des racines noires à Jericho et à Nablus. Et là-bas, mon identité pose problème. Dans l’apartheid instauré par le gouvernement israélien, les gens pensent que le multiculturalisme n’est autorisé que pour les Juifs blancs et je ne rentrais pas dans les cases. Même les Noirs du côté palestinien se retiraient des spécificités pour entrer dans un moule arabo-palestinien, bien que natifs et non palestiniens ! Je n’ai pas eu d’autres choix que d’écrire pour dire ma vérité et mon expérience. Je me rappelle d’une femme juive égyptienne, qui m’avait dit dans l’avion, que j’étais sûrement le « pont » dont le monde arabe avait besoin. En fait j’ai créé par l’écriture ce qui n’existait plus, ou mis en valeur, ce qui avait été tu. Et ma douleur est là : je n’ai jamais pu trouver le repos et j’ai toujours été forcée de surmonter ma propre douleur pour écrire et construire à partir du vide. C’est une grande souffrance, surtout quand il n’y a plus vos semblables.

L’engament dans la cause historique et mémorielle que tu défends au travers de tes textes prend-t-elle racine dans les fractures de ton histoire familiale, démembrée par les vagues de colonisation et de déportation que tu évoques ?

D’une part oui. Quand j’étais plus jeune j’étais très en colère parce qu’il y avait énormément de choses cachées et j’en ai beaucoup voulu à mes aînés de ne pas avoir transmis ce qui touchait à nos origines. Et après j’ai compris aussi que les générations de mes parents, grands-parents et arrières grands-parents n’avaient pas non plus ce droit. Ce qui m’a poussée à entreprendre tout ce travail, c’est aussi justement de me dire que moi, j’ai ce droit de dire ce que je veux, qu’eux n’avaient pas, alors je me devais de briser les tabous. C’est une façon de rétablir l’honneur et la mémoire de mes ancêtres, mais aussi de dire qu’on n’a pas à avoir honte. C’est une manière pour moi de sortir tout ce qui a été caché et c’est pour ça que par exemple dans mon écriture, j’utilise aussi des insultes, c’est ma façon de dire et d’exprimer le fait qu’on n’en peut plus.

Dans ce recueil, I Do Not Care About Your White Arab Tears – Tale of A Fed Up Black Arab Sista, il y a des illustrations crues de tes expériences et ressentis face aux formes d’oppression et de censure auxquelles tu fais face en tant que femme noire israélite. Est-ce que tu perçois ta démarche comme un exutoire émancipateur dans lequel beaucoup d’autres pourraient se reconnaître ?

Oui, je suis « unapologetically Black » et ma loyauté va d’abord envers les miens. J’ai une grande gueule, et je suis une vraie rebelle, donc je suis enragée face à l’injustice. Je ne suis pas issue d’une seule culture, mais je subis l’horreur de descendre de bribes improbables. Ces violences internes m’ont permis de comprendre la nature de l’homme. Je n’ai pas seulement vécu le racisme par les Blancs, mais j’ai vu ma propre famille se détruire car elle était issue de clans différents. Ma mère avait épousé un homme différent, et j’ai entendu des commentaires racistes entre Africains car il n’était pas originaire du même groupe. Je suis issue du tiraillement, de la domination, de la maltraitance historique, et pire encore, personne parmi les femmes maternelles qui m’ont précédées, n’avait le droit de l’ouvrir. La mère de mon père qui était d’origine ghanéenne avait de l’autorité et ne se laissait pas faire. Elle a réussi à imposer son héritage à sa descendance. Mais les femmes de la lignée de ma maman se sont laissées dominer car elles n’avaient pas le choix. Et moi j’écris et je me rebelle. Je suis très irrespectueuse dans mon ton, car ça suffit. Personne ne va m’imposer quoi que ce soit. Mon écriture est rebelle et affirmative. Je ne quémande la reconnaissance de personne, mais j’exige le respect. Je ne suis pas du tout religieuse, je considère le judaïsme moderne comme une vaste blague orchestrée et adaptée pour des Juifs Blancs et je ne suis pas leurs préceptes. Ma dure réalité m’a appris à rejeter la moindre forme de compromis. Si une seule petite chose ne va pas, il faut le dire.

Tu es juive et pourtant tu dis ne pas être religieuse du tout. On pourrait y voir un non-sens, pourtant quand on te lit on comprend qu’il s’agit plus d’un rejet de certains détournements des préceptes religieux, et d’une quête de liberté. Dans un autre livre qui va paraître et s’inscrit comme étant la suite de celui-là, « Words 2 heal » pour le citer, tu titres en évoquant la guérison. Selon toi, être noire d’Afrique et du Moyen-Orient, mais aussi juive dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, c’est forcément être porteuse d’une blessure béante ?

C’est dur car les gens ne comprennent pas. Je déteste la religion en elle-même, mais le judaïsme est la meilleure maison que j’ai trouvé pour ma foi. Je me fiche totalement de l’opinion des Juifs Blancs et ma souffrance n’est absolument pas liée à eux. (Ils n’ont rien à m’apprendre et certainement pas les Ashkénazes qui, selon la Torah, ne sont même pas les fils de la tribu de Judah mais de la lignée de Japheth, donc ils ne sont même pas sémites). Et là encore, de quel judaïsme s’agit-il ? Parlons-nous du judaïsme eurocentré talmudique fait pour les Ashkénazes et Séfarades ? La plupart des Noirs qui se convertissent (moi j’ai le lien du sang) souffrent encore plus car ils pensent donner leur cœur à la vraie Torah mais se transforment pour se soumettre aux coutumes des Ashkénazes et Séfardim. On leur ment. Le seul vrai judaïsme proche des anciennes écritures est celui pratiqué par les Ethiopiens. Chaque groupe a sa propre culture, les Yéménites, les Iraqi, les Iraniens, car les Judéens ont été éparpillés. Moi je souffre car je ne reste jamais dans la globalité, je creuse toujours et découvre à chaque fois que ce qui nous a été présents n’est pas la vérité. Je suis devenue la juive la plus rebelle de tous les temps et quatre rabbins m’ont déjà bloquée sur Facebook depuis mes 21 ans (rires).

À qui s’adresse cet ouvrage ?

En fait il s’adresse à tous les Noirs Arabes/Israélites, hommes comme femmes. Les Noirs Arabes ont tendance à attendre la validation des Arabes blancs, surtout pour le Levant. La Péninsule arabique est différente, là ils reconnaissent toujours que les premiers arabes étaient Noirs et ils sont plus ou moins bien traités. D’ailleurs, les plus grands esclavagistes arabes étaient noirs, je pense à Tipu Tip ou Rumaliza. Mais le Levant a un problème. Aucun descendant d’envahisseur venu d’Asie centrale ne va se permettre d’affirmer mon identité ou non. Qu’ils m’aiment ou pas n’est pas mon problème. C’est ma terre et j’ai le droit de m’y rendre et d’y rester autant de fois que je veux. Et je sais que ma mère a toujours eu peur de repartir dans cette zone car elle fut rejetée si violemment par les Belges qu’elle craignait de faire face au racisme des Blancs du Levant. Je la comprends. Moi je n’ai pas eu peur. Je préfère faire face au racisme du garde israélien qui m’interroge avant chaque vol, que de rebrousser chemin. D’ailleurs, même quand je me tais sur mon héritage, les gardes israéliens laissent passer les autres Noirs mais pas moi. Ils sentent que je suis plus qu’une touriste et que je ne dis pas tout. Peu importe, je n’ai pas peur. Et j’écris aussi pour rassurer tous les autres qui ont peur du rejet. Il n’y a aucun problème avec ma couleur, ce sont eux qui ont un problème avec leur esprit.

 À la lecture de ton recueil, on perçoit de la violence mais pas de fatalisme pour autant. Comment décrirais-tu la place qu’occupe l’espoir dans ton livre ?

Je suis une personne assez lumineuse dans la vie, mais mes livres sont très sombres. C’est un pamphlet violent contre l’invisibilité. En vérité, il est très douloureux. Je dois sûrement avoir une ascendance ashkénaze pour broyer autant du noir. Je le ne considère pas comme un ouvrage joyeux, c’est vrai que le dernier poème est plus rassembleur mais je ne l’ai pas pensé comme ça.

 Comment s’est passé ton processus d’écriture ? Entre introspection, philosophie, histoire et actualité, qu’est ce qui a porté tes mots vers une forme d’écriture de recueil de petits textes ?

La violence de mon expérience. J’écris sans cesse.

On te sait très militante sur les questions identitaires du monde Noir en général, notamment sur les réseaux sociaux où tu informes sur l’histoire des peuples, et où tu dénonces ses déformations. Tu n’as jamais pensé à écrire un essai ou un manifeste ?

Si, et de nouvelles choses sont en cours notamment un essai socio-politique sur la position du Noir dans le monde israélo-palestinien. Comme je le dis tous les jours, être Noir indigène d’Israël, c’est être invisible et être Noir indigène de Palestine c’est être plus bas qu’un chien. En vérité, le racisme israélien est terrible et présent, je le subis tout le temps à l’aéroport, mais une fois dans le pays, il n’est pas pire qu’en Belgique, qu’en France ou aux États-Unis. Ce qui change je pense c’est le fait qu’Israël n’est pas l’Europe mais le Moyen-Orient et une bonne partie de ces Juifs blancs ne se considèrent même pas comme Blancs, donc le degré de « White supremacy » est amoindri mais présent. C’est une société improbable où tout et son contraire s’oppose. C’est un pays d’apartheid mais probablement l’un des seuls en Orient qui permet à des individus multiraciaux de célébrer toutes leurs origines. Les Israéliens ont un côté « je m’en foutiste », dans le sens où personne ne sera derrière tes fesses pour t’imposer une vision, et de plus, ils reconnaissent leur racisme. Mais la société est moins négrophobe qu’elle n’y paraît. Les Juifs Ethiopiens sont sur le point de devenir des Israéliens à part entière, mais ils ne sont pas des victimes comme les médias français le disent. N’importe quel Israélien et Palestinien noir ou blanc vous dira que les Ethiopiens sont les plus brutaux et racistes envers les Arabes. Les choses ne sont pas aussi vraies que vous le pensez. Les Palestiniens souffrent mais leurs leaders exploitent les Noirs pour leurs causes sans jamais dénoncer la négrophobie croissante qui y règne. La vraie négrophobie est en Palestine, et la véritable oppression en Israël. C’est d’ailleurs pour cela que la jeunesse israélienne se drogue beaucoup. Elle n’est pas heureuse.

Qu’elle est l’idée principale qui découle de cet ouvrage ?

Je crois que ce qui est au centre de ce recueil, c’est la dénonciation d’un combat sans-cesse. Nous les Levantins on est attaqués de toute part. On n’est pas reconnu comme de vrais noirs par les autres africains, parce que dans les mentalités collectives, celui qu’on perçoit le plus comme un Africain, ça va être le bantou ou l’Africain de l’Ouest. Il y a toujours un rejet et quelque part tu ne sais jamais comment te positionner, parce qu’on nous a imposé des frontières et des clans au cours de l’histoire, et on oublie qui on est et d’où on vient réellement. On a perdu la mémoire et c’est une très grande douleur.

 On rappelle que ce dernier livre est ton 4ème recueil anglophone, mais la liste de tes publications est beaucoup plus vaste. Est-ce par manque de références écrites, de livres spécifiques, que tu as justement décidé d’ancrer l’idéologie que tu prônes par ce biais ?

En fait c’est mon 20ème ouvrage et j’en ai publié 23. Et deux autres arrivent cette année. Et oui, là où il y a un manque il faut créer, au lieu de se plaindre. On construit dans l’adversité et c’est ce que la vie m’a enseigné.

 Avec ce que tu défends, tu n’attires pas que les bonnes réactions. Tu n’hésites pas à démanteler, parfois avec violence, les mythes qui se sont construits autour des ethnies que tu évoques et dans lesquels les principaux concernés sont imbriqués, voire complices. Comment tu gères ça ?

Je me fiche totalement de ce que mes détracteurs peuvent penser car je dis la vérité. Et Dieu m’aime et me protège.

 Tu t’attaques frontalement à des mémoires biaisées, parfois est-ce que tu te sens découragée par les difficultés que tes revendications engendrent ?

Non, jamais. Que serait la vie sans l’indignation ? Je pense souvent à Stéphane Hessel ou Albert Memmi : ces hommes d’écriture nous poussent à puiser dans nos énergies pour construire de meilleures choses.

 Tu comptes sortir tous tes ouvrages en autoédition, pourquoi ce choix ? As-tu déjà essuyé des refus de certaines maisons pour procéder de cette manière ?

J’ai commencé par l’autoédition car les maisons d’édition m’auraient fait attendre et m’auraient censurée. Et je n’amoindris jamais mon propos. Alors comme pour mes textes, j’ai décidé de créer là où il y avait du vide. Je le fais pour moi certes, mais aussi pour mes enfants, pour la mémoire de mes ancêtres oubliés et pour léguer un espace par la suite. Il faut garder les mémoires. Aujourd’hui, j’ai ma propre maison d’édition : « Éditions Canaan ».

 Appartiens-tu à un groupe, un mouvement particulier, qui embrasse (ne serait-ce que partiellement) tes convictions ?

Non. Je suis bien seule.

Les raisons ?

 En général, il y a des problème d’egos dans ce genre de mouvements. C’est quelque chose que j’ai trop observé. On voit qu’au sein du groupe, il y en a toujours qui veulent prendre le dessus et finalement ça devient une guerre entre les personnes qui à la base se sont réunies autour d’une même cause. En fait, je suis plus intéressée par les mouvements collectifs spontanés.

 La sortie de tes livres est prévue pour quelle date ? Et où pourrons-nous nous les procurer ?

Je ne préviens jamais pour la sortie de mes ouvrages. Je ne suis pas fan de Prince pour rien (rires). Je produis constamment et en général je lance mes projets à la surprise. Je quitte le marché français que je boycotte pour l’international, donc le monde anglophone. Je trouverai plus de sœurs et de frères avec mon expérience et nous pourrons trouver un lieu d’échange. Vous pouvez trouver mes livres sur Instagram, bientôt ma maison d’édition aura sa page et tous les ouvrages y seront postés avec les informations pour se les procurer !

 Victoria, l’interview touche désormais à sa fin, on te laisse le dernier mot.

Un grand merci pour cette entrevue et surtout n’éteignez pas la flamme en vous !

Propos recueillis par Nawal Benali 

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