EDITO : « Fascination pour le diable »

Avant-propos

Cet édito s’apprête à partir dans tous les sens. J’ai écrit ces mots en l’espace de 20 minutes, parce que j’ai eu ce flash de la gamine de 15 ans que j’ai été, dont les yeux brillaient lorsqu’elle voyait une femme extra-mince, voire maigre, dans la rue, dans l’espoir de lui ressembler un jour. Mais vous savez quoi ? Brûlez ce genre d’envie. Car vous ne ressortirez pas heureux des expériences initialement inconscientes dans lesquelles vous vous aventurerez. Je n’ai pas souhaité revenir sur mes propos, préférant opter pour une version brute, écrite avec le coeur.
Été 2015 à Bilbao. Je lézarde sur mon lit, à littéralement zapper les vidéos sur internet. Et puis là, un titre appelle mon regard. « Les filles en Vogue », un reportage sur les top-models, datant de plus de 5 ans m’intrigue. À cette époque, je voue un culte à l’univers du luxe et des créateurs. Ce documentaire en 5 parties, je le dévore en l’espace d’une petite heure. Et c’est une révélation qui prend possession de mon âme. Je découvre un quotidien que les médias adorent parsemer de paillettes et d’éloges. Celui des mannequins qui couvrent les fashion-week, notamment celle de Paris. Leur rythme de vie fait rugir en moi fascination et frissons. Notez-bien que, si ma mémoire ne flanche par trop, j’étais déjà une grande admiratrice de Kate Moss. Celle qu’on surnommait la brindille lorsque les créateurs se l’arrachaient, avant de prendre assez de poudreuse pour voir ses contrats partir en éclat. Bref. Je suis totalement aspirée, sans le moindre contrôle, par un intérêt pour cet univers qui est plus fort que moi.
Naïve que je suis. Je pense que, comme beaucoup de jeunes filles de 15-16 ans sensibles, lorsque je vois ces images de femmes aussi fines que du papier de soie, je ne peux m’empêcher de vouloir leur ressembler. Je me rappelle du soir même, au dîner. J’ai commandé une assiette de légumes et de poisson, sans sauce, pensant qu’en l’espace d’un repas j’allais perdre 3 tailles de pantalon. Il est important à ce moment précis de détailler un point : je n’ai jamais fait partie de ces jeunes qui se trouvaient trop grosse. En revanche, j’ai toujours eu cette envie d’atteindre une minceur, parfois extrême, parfois non. Et je tiens à préciser qu’après avoir tout essayé durant 5 ans, la seule chose que je suis parvenue à faire, c’est prendre 15 jolis kilos, qui m’ont faite dépasser la barre des 70. Oui, vous savez, ce club privé qu’on ne pense jamais atteindre quand on a 10 ans. Revenons à nos moutons car je m’éparpille.
Mes jours et mes nuits sont figés sur ces images qui me restent en tête. Celles de ces quatre mannequins qui, après une longue réflexion, ont beau être sublimes, sont surtout pour la plupart des tas d’os, sans âme. Elles ne font qu’obéir, voyager et se faire hurler dessus par des mentors qui les perçoivent comme des cintres. Mais ça, bien sûr, dans
« Les filles en Vogue », on n’en voit rien. La seule chose dont on parle c’est ce soit-disant « bon stress de la fashion week ». Mais bien sûr, on y croit tous ! En coulisses, elles perdent leur cheveux tant elles sont mal nourries, sont capable de perdre 10 kilos en un mois pour rentrer dans une taille 32, grelottent de froid comme des enfants qu’on trouverait en état de famine à l’autre bout du monde, et n’ont plus de vie. Je conseille d’ailleurs vivement à quiconque veut se lancer dans le mannequinat de défilé, de lire le bouquin de Victoire Dauxerre, « Jamais Assez Maigre », entaillée par une fissure poignante. Elle raconte comment elle a fait une apparition courte mais intense dans le milieu des catwalks le temps de quelques fashion week. Une apparition qui a failli lui coûter la vie après l’avoir faite sombrer dans l’anorexie. On rappelle, parce que trop de personnes sont totalement incultes à ce sujet, et je trouve d’ailleurs ça grave en 2019 : l’anorexie est (merci Larousse) un trouble sévère du comportement alimentaire. Il ne s’agit pas d’une perte d’appétit (car la faim persiste durant plusieurs années), mais d’un refus conscient et volontaire de se nourrir, longtemps dissimulé à la famille ou justifié par de multiples prétextes.
Je vous livre là, une toute petite définition de cette maladie mentale et très grave mais en vérité, on ne résume pas cela en 3 lignes mais bien en un encyclopédie de 500 pages, tant ce comportement alimentaire est complexe. Personnellement, je n’en suis jamais arrivée à ce stade dans mon rapport à la nourriture. En revanche, me priver l’espace de 2 jours, comme une folle et puis ensuite manger trois paquets de gâteaux en 2 minutes top chrono, une pizza et une bouteille d’un litre de Coca, oui, je l’ai fait. Les gestes qui ont suivis, je vais les épargner, pour la simple et bonne raison que les mauvaises idées, ce n’est pas vraiment mon rôle de les donner. Quoi qu’il en soit, j’ai vécu pendant bien 3 ans avec cette obsession de manger sainement, sans parvenir à stabiliser une alimentation comme je le souhaitais. Tout comme mon poids. Oui cela m’est arrivé de voir 3-4-5 kilos en moins s’afficher sur la balance. Mais c’était l’espace d’une pauvre semaine et dans la foulée je recommençais mes bêtises.
Certains soirs j’ai en mémoire le regard terrifié de ma mère qui me voit angoissée, après avoir mangé une part de gâteau, me rassurant en me disant que ce n’est pas grave, et que je suis « une jolie jeune fille, qui a de jolies courbes latines ». Alors, pour les jeunes filles ou encore les femmes qui lisent ces lignes, mal dans leur peau, qui ont le sentiment de ne pas être assez mince, assez comme il faut, dites-vous que ces mots vous sont également dédiés.
Pauline.K

 

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