EDITO : La vie en mode nekhna !

Désolée mais je ne sais pas faire comme tout le monde ! Septembre rime avec rentrée, que ce soit au travail ou à l’école, retour du train-train quotidien auquel on essaye ridiculement d’échapper pendant nos courts week-ends, et tout ce qui va avec. Insolence oblige : je dis non ! C’est donc depuis ma chère capitale sénégalaise que j’affectionne particulièrement que je tape allègrement ces quelques phrases. En fait j’ai décidé d’y passer le mois à partir du moment où j’ai senti l’étau de mes obligations professionnelles se resserrer vicieusement sur les tempes de mon équilibre interne. Ayant frôlé de peu l’explosion de cervelle, je m’accorde quelques temps de vraie vie, loin des tracas matérialistes et redondants du vieux monde.

La tranquillité n’a pas de prix. Ce que j’avance c’est que lors de mon arrivée sous une pluie battante à Dakar, j’ai rejoint un petit appartement tranquille du nord de la ville, à deux pas d’une mer agitée que bravent quotidiennement les pêcheurs à bord de leurs pirogues colorées. Pas de climatisation, pas de wifi : je n’ai qu’à assumer l’isolement virtuel ainsi que l’absence de confort que procure cette technologie créatrice de fraîcheur. Je suis loin de tout, même du centre-ville et ses rythmes fous : marchés pleins à craquer d’où les annonces de prix s’envolent jusqu’aux lieues environnantes, percussions, chants de prière nocturne, trafic, et j’en passe. Je me suis éclipsée et switché le mode « fantôme », et ce même auprès de mes connaissances locales : « Oubliez-moi, oubliez que j’existe ».

Du haut de ma tour (bon, je suis au deuxième étage mais c’est suffisamment surélevé du sol pour que je me permette cette petite emphase stylistique), je contemple les vagues qui se jettent en canon sur les rochers noirs de la côte. Je respire l’air iodé et m’amuse de voir les groupes de moutons aller et venir dans la petite rue en contrebas. L’appel à la prière retentit à heures régulières me rappelant de temps à autres qu’on en est rendu à un certain stade de la journée. Je ne regarde jamais ma montre, je me contrefiche des horaires, d’ailleurs je ne la porte même plus alors que cela fait des années que je me sens vide lorsque je ne l’arbore pas. Les choses changent, c’est comme si cette parure du temps m’étriquait un peu trop, un miroir de la vie que je mène ? Je philosophe, je me pose des questions sans vraiment me les poser. La réponse viendra, ça veut peut-être dire ça « laisser du temps au temps » …

Hier soir, de retour à mes pénates à bord d’un taxi clandestin (oui, finalement je les préfère aux taxis officiels qui se comportent un peu trop comme des malfrats de seconde main), je regardais le littoral de nuit. Pas un bruit, juste celui du moteur. Nous roulons silencieusement, mes compagnons d’un trajet et moi-même, lorsque le conducteur décide subitement d’activer son autoradio. Oliver Ngoma retentit alors dans cet habitacle qui a bien trop vécu, avec le titre « Bané », et j’aperçois sur ma gauche le colossal monument de la Renaissance Africaine, encore plus impressionnant une fois les lumières du jour taries. Je me rappelle avoir pensé « J’aimerais que cette course dure encore et encore ». L’air frais, l’ambiance étrangement calme de cette nuitée… Oliver ! (Pas de blagues : la musique ça compte pour créer un background du type « ma vie est un film »).

En soi, tout ceci n’est rien et beaucoup s’en plaindraient même : une chaleur accablante et des averses torrentielles intempestives, pas d’internet, une eau qui est chaude et courante quand elle veut, des transports aléatoires dans lesquels on investit plus dans le rafistolage que dans l’essence, mais c’est la vie. Parfois l’accessibilité à la facilité est telle qu’on en oublie l’essentiel : trouver le moyen de dénicher le meilleur dans chaque instant. Dans mon petit quartier de pêcheurs dakarois je retrouve ces ancrages : on a les modes de vie à la fois citadins, maritimes, et ruraux qui s’embrassent et ce n’est pas si mal. J’assiste à des scènes improbables, je rencontre des obstacles à mes projets journaliers, et un tas d’autres choses où je revois mes ambitions à la baisse, mais au lieu de voir les déconvenues que cela implique, je le perçois plus comme une métaphore de l’existence. Finalement ça me ressemble bien car j’aime les paradoxes. Tout ce qu’on présente comme incompatible ne l’est pas forcément, on érige des barrières autour de ce qu’on veut aussi bien qu’on peut s’en défaire. Alors j’ai décidé de tout découdre afin de me recréer un habit à ma taille. Ici, tous les éléments s’épousent pour créer un ensemble qui ne fonctionne justement que par les attraits de toutes ses composantes, et le propre de l’humain est de la même étoffe. On peut faire le choix d’être tout ça à la fois, de ne rien être, d’être partiellement, ou de jongler à notre guise, pourquoi pas ? Du moment que l’on se sent complet…

Nawal.B

 

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