« Art-se-nique » sous la table par Sacha Noyé

L’ensemble des parcours qui mènent aux futures professions est semé d’embuche et demande dans certains cas beaucoup de courage. Pour en avoir pas mal expérimenté les travers, je peux en attester. Je me suis posé quelques questions, forcément car face à la concurrence, les prix onéreux et les refus arbitraires, je me demande quelles sont les motivations des jeunes (ou moins jeunes) à persister dans ces voies-là, qui s’avèrent souvent décourageantes.

Personnellement, il m’a fallu 5 années pour enfin être pris en école d’Art, après avoir dépensé beaucoup d’argent pour les frais d’inscriptions (donc une moyenne de 5 écoles par années pendant 5 ans), sans oublier les frais de transports. Je me demande donc ce qui motive les étudiants comme moi à persister dans les concours ? Quelle est la vision utopique qui ne dissuade pas de dépenser son capital courage et financier, dans la quête de l’école de nos rêves, et à quoi ressemble ce rêve pour chacun ? Et une fois les objectifs atteints, est-ce que tout en vaut la peine ?

Bienvenue ?

La décision de faire une carrière artistique ne relève pas toujours des aptitudes ou du « talent ». Car je suis forcé de constater que même si on a de l’or dans les mains et une véritable imagination, la société ou les influences plus modestes (telles que les parents ou même l’appât du gain) peut exercer une forme de pression ou même dissuader les volontés des jeunes potentiels. Avec la mise en place d’une organisation d’admission post-bac qui se défend de fermer la porte aux jeunes bacheliers, issus de bacs plus ou moins prestigieux, tout est fait pour exercer cette même pression vers des perspectives « à carrière » qui agitent la jolie carotte du CDI à la clef.

Ceux qui, malgré vents et marées, se battent pour toucher du doigt le fantasme des études supérieures d’Art se retrouvent vite confrontés à des séries d’examens de présélection qui défendent le mécanisme dit de l’entonnoir, pour faire partis des 3% élus. Là on comprend tout de suite que la place se fait désirer, et laisse aux jeunes le temps de nourrir des fantasmes sur ce magnifique jardin d’à côté qu’incarne l’école d’Art.

Félicitations vous pouvez payer vos droits d’inscriptions !

Une étape de franchie ! C’est déjà bien, cela dit cette phrase en guise d’intertitre ne doit pas engourdir cette délicieuse nouvelle, car vous pouvez maintenant participer à la case « cagnotte » : le versement des frais de scolarité, ce qui finalisera votre acceptation, en attendant la rentrée. Vous vous imaginez déjà l’incroyable aventure que cela va devenir : des nouveaux camarades, aussi futurs jeunes artistes, avec qui vous vous voyez échanger, débattre, vous soutenir, et même faire un bout de chemin ensemble. Un peu à la manière des quelques mouvements artistiques que vous connaissez sans doute, qui ont eu la chance d’émerger grâce à ce genre d’atmosphère, propulsée par ces êtres ayant soif de se découvrir et de se valoriser les uns les autres.

Et puis, enfin on vous donne accès à un enseignement de qualité ouvert à toutes les techniques, certaines dites académiques et d’autres plus contemporaines ! Vous vous voyez également y apporter votre pierre à l’édifice et cela grâce aux merveilleux artistes qui transmettront leurs savoirs par passion et pour vous rencontrer, vous jeune génération, parce que vous serez aussi artistes grâce à eux. L’enseignement serait alors merveilleux : vous visualisez cette transmission des savoirs comme une chose digne des ateliers de la Renaissance où les maîtres vous donneront toutes les cartes en main pour élargir cette grande famille du monde de l’art. Outre toute cette palette de moyens mis à disposition, vous connaîtrez enfin le succès, et la gratitude d’avoir eu une revanche sur la vie, car ceci est votre vocation et vous le saviez, d’ailleurs la société le saura bientôt aussi !

De l’autre côté du miroir

Contre toute attente la première année à malheureusement le goût de la stigmatisation. Puisque tout le monde vous le dit : en première année on ne peut pas vous faire confiance et votre soif d’expérience se trouve vite compromise par la hiérarchie des aptitudes. Et puisque ce genre de nouvelles n’arrive jamais seule, vous réalisez alors qu’il y a certains professeurs dont la pédagogie vous échappe… Non, en fait c’est pire : vous vous demandez si leur poste n’est pas juste leur refuge… peut-être n’ont-ils pas cette intention d’unité artistique que vous recherchiez ? Abasourdi par la quantité de travaux à rendre, vous vous mettez à stigmatiser leurs légitimités respectives en réalisant que ce ne sont que des exercices qui sont destinés à réévaluer vos productions, par un système de notes, ou pire d’évaluer votre place ici et votre être profond…

C’est un ensemble qui remet les pieds sur terre, c’est le cas de le dire. Le parcours n’est pas très amical et il vous faudra également procéder à un choix drastique si le cap de la première année est passé ; celui de vous spécialiser dans une section qui fermera potentiellement les portes aux autres connaissances, que vous êtes venu quérir. Quelques points positifs et forcés pour vous jeter dans le bain : celui des stages. Véritables bouffées d’air frais, mais qui ne sont que de votre ressort, car encore il faut bien les choisir… Si par malchance vous vous retrouvez avec des collègues qui ne voient en vous qu’une main-d’oeuvre low-cost, bonne à ramener du café et faire les basses besognes, et bien vous risquez le traumatisme et surtout de rater l’introduction aux opportunités salariales envisagées, en ne revenant qu’avec les bras tombants, et émotionnellement fatigués.

 

Reprendre du poil de la bête

Après ou pendant toutes ces péripéties, vous devez bien évidemment reprendre du poil de la bête et faire oublier votre étiquette de « première année » pour mettre en avant votre véritable nature de conquérants professionnels. En gros la survie c’est faire preuve d’empathie et de bienveillance à l’égard de vos enseignants, qui n’ont pas que vous dans la vie et qui peuvent être frustrés de ne pas avoir autant de temps pour transmettre l’essentiel… Et les autres qui ne rentrent pas dans cette catégorie ? Irrécupérables, tant pis ! Vite, il ne faut plus perdre de temps à juger les exercices imposés et comprendre que ça peut générer comme un changement en vous ! Ne plus se perdre au sujet des valeurs que vous ne partagez pas avec vos nombreux camarades, eux aussi tant pis pour leurs âmes. Et que dire sur le système de notation qui n’est peut-être pas légitime en école d’Art ? C’est sans aucun doute vrai mais les vieilles personnes qui supervisent ce monde n’ont pas trouvé mieux pour vous donner un retour objectif… Consolez-vous en vous rappelant qu’ils devront tôt ou tard tirer leur révérence, ainsi ils laisseront leur place à la jeune génération qui saura faire ce que vous attendiez d’eux.

En ce qui concerne la spécialisation, jouons la carte de l’audace : rien ne vous contraint à ne pas vous incruster aux cours qui vous intéressent, pour construire une éducation authentique et unique. Mais n’oubliez pas qu’il faut que vous le fassiez avec un soupçon de tactique, un brin de culot et une touche de flatterie : c’est la recette idéale pour obtenir gain de cause. Et si ça ne suffit pas malgré tout, internet est là pour vous consoler. Lui, au moins, il vous montrera directement ce que vous cherchez, et ce que vous aurez envie de connaître.

Le mot de la fin

Les études supérieures d’Art sont une arène dans laquelle jouent votre personnalité et votre l’assiduité. Il ne faut pas craindre de bousculer les règles établies et se laisser guider sans pour autant espérer que ça continue plus tard… Soyons réalistes : il n’y a pas beaucoup d’écoles qui soutiennent vraiment leurs étudiants. Elles ne sont encore, pour la plupart, que des espaces d’apprentissage et c’est tout. Pourtant leur renommée est très souvent déterminée par les étudiants prestigieux qui en sortent. Les écoles d’Art ne sont pas un monde à part, elles font partie de cette société qui reste discutable et remaniable ; elles ont des défauts, mais aussi quelques diamants bruts qu’il faut savoir reconnaître. Rapprochez-vous de ces enseignants et ces étudiants qui vous inspirent cette sympathie, et surtout détournez-vous de la pauvreté des autres. N’oubliez pas qu’on n’a pas besoin d’école pour être un artiste, mais les écoles elles, ont besoin des étudiants pour faire vivre leur prestige.

La roue tourne et la véritable richesse se trouve toujours en nous, peu importe la politique d’une école ou que vous n’alliez jamais dans l’une d’entre elles.

 

SIGNATURE

©cc/sachanoyé

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