« Maïsha petite pluie » : le spectacle bouleversant de Lorena Masikini

Les derniers jours du mois de juillet, l’artiste pluridisciplinaire Lorena Masikini se produisait sur scène avec son tout premier spectacle « Maïsha petite pluie ». On vous donne nos impressions.

Faites silence le temps que mon bouleversement s’amenuise. Respiration. Commencer un écrit de cette manière c’est plutôt inhabituel, je vous le concède chers lecteurs. Cela étant dit il n’en est rien comparé à ce à quoi mes sens ont assisté. Prenez patience et laissez-moi vous conter ce qui se cache derrière cette introduction (d’ailleurs, effacez vos mines dubitatives qu’on ne saurait que trop bien deviner). Figurez-vous qu’il y a quelques jours, je me suis rendue à un spectacle transcendant : « Maïsha petite pluie », signé Lorena Masikini. Avant la première représentation, je reçois le dossier de presse, le communiqué et l’invitation, jusque-là rien de très excentrique, le process normal quoi. Je regarde les deux dates et mince : je ne suis disponible pour aucune d’entre elles. « Bon, dommage sur le papier ça avait l’air intéressant et bien amené », me dis-je résignée.

Les heures défilent et ma vie de journaliste continue… Mais diantre ! Une sensation me turlupine sans vouloir me laisser, je suis quand même convaincue que je suis en train de rater quelque chose… Oh tiens, mais que se passe-t-il sur mon téléphone ? (Rien, et c’est bien ce qui est étrange…). Incroyable, mon rendez-vous du soir saute et c’est la dernière représentation dans une poignées d’heures. (Héhéhé, quand on vous dit que le hasard n’existe pas…). « Allô, attachée de presse de Lorena Masikini ? Finalement mon rendez-vous m’a posé un lièvre, puis-je toujours venir assister à ce seul-en-scène, dont vous avez astucieusement parlé afin d’attiser les curiosités ? ». RER C, métro 11. Direction le théâtre de Belleville. Silence dans la salle, noir sur scène. « Chuuuuuut ! ». Aaaaah même vous, vous vous taisez, n’est-ce pas lecteurs ? Première partie de la première partie, puis deuxième partie de la deuxième partie (oui dit comme ça, c’est un peu ro-bo-ti-que, mais c’est parce que même si on a adoré, ce n’est pas le sujet central de cet édito qui commence déjà à durer).

La présence seule de Lorena suffit à imposer un cadre à la fois intimiste et puissant. La pièce commence par quelques mots prononcés par la jeune femme, de sa voix enveloppante et suave, celle d’une mère. Elle parle d’une naissance : la sienne… tout commence là, dans ce cocon d’amour sous sa forme la plus immaculée. On est bercés et touchés, quoique les mots du docteur, un poil raciste, commencent à nous taper sur le système. On aurait presque envie de se lever et dire « Mais tu peux ne pas arrêter non ? C’était émouvant avant que tu ouvres ta bouche !». Ah pardon, autant pour nous. C’est tellement bien joué qu’on en oublie que tous ces personnages et ceux qui suivront ne sont interprétés que par la jeune femme. On découvre les joies de ce seul-en-scène, porté par la pluralité des visages que prend habilement Lorena Masikini, accompagnée de ses quatre musiciens qui de temps à autre quittent leurs instruments pour se mêler à l’intrigue. C’est fluide, on accroche vite et mon voisin ne cesse de me faire des remarques comme si on outrepassait la fiction et que nous assistions réellement à ces épisodes de vie. « C’est tellement ça ! », « Il abuse lui quand même », « Mais dans mon enfance on me faisait tout le temps faire ça ! ». Les commentaires fusent dans mon oreille mais ça ne me dérange pas : ça vit, et tout le public se sent concerné. Les traits de mon visage s’allongent alors en un sourire qui mettra plusieurs minutes à s’estomper : « c’est beau de voir une salle ainsi portée par un spectacle ».

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En bonne brigande que je suis et après cette bonne ration de teasing, je ne vais évidemment pas vous en dévoiler plus sur l’histoire de Maïsha petite pluie. Je vous invite cordialement à vous rendre aux prochaines dates, c’est bien mieux. Je vous laisse sur ces impressions qui, croyez-le ou non, n’ont pas vocation de vous émouvoir et de vous tenter : par ces temps de fortes chaleurs, je n’oserais prendre le risque de vous faire perdre quelque larme que ce soit. Elles sont précieuses, gardez-les bien pour le jour où vous irez voir Lorena sur scène. (Je vous adresse un clin d’œil malicieux). Blâmez-moi, allez, mais que voulez-vous ? Quand on aime on partage et Lorena est une de ces artistes, qui se donne corps et âme sur scène le temps de nous faire vivre une portion de notre vie à travers la sienne.

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Racisme, sexisme, violence, inceste, rejet : elle aborde ces thématiques « tabou » qui gangrènent dans les vies de milliers de femmes et hommes d’un abord tantôt abrupte, tantôt humoristique. On sent tout au long de la pièce, comme un regard de recul omniscient de Lorena sur Maïsha, qui fusionnent pour créer de grands moments. Tout est bien dosé, rien n’est en trop (si vous voulez savoir, ce n’est même pas assez : on veut la suite ! J’entends par là qu’on quitte la salle rempli, mais on aurait aimé que ça dure encore) même si le pari de la caricature aurait pu comporter un risque de redondance ou de cliché facile. Ici on rompt avec le rire gras et on assiste à un aspect caricatural esthétique orchestré avec la meilleure intelligence qui soit : celle de la simplicté. Finalement, au travers des personnages incarnés, on se rend à l’évidence que les gens ne sont que la caricature d’eux même. Ce point, Lorena Masikini l’a bien compris et s’en amuse, s’en offusque, l’admire parfois… et nous demande même pourquoi ? Pourquoi nous sommes comme ça ? Gêne, rire, larmes, et enjaillement (et oui parce qu’on bounçait tous sur nos sièges aux rythmes congolais qui s’emparaient d’un coup de nos corps et nos tympans) : on passe par tous les états sans transitions et ça fait du bien, car la vie c’est ça. Rien ne nous prépare à ce qui peut nous tomber dessus, factuellement ou émotionnellement.

Vous savez quoi ? J’ai assez écrit pour aujourd’hui, alors je vous quitte sur ces phrases : ne vous attendez à rien en allant voir Maïsha petite pluie, allez-y. Vous verrez et vous saurez.

Nawal.B

©cc/nashpictures

Retrouvez l’interview vidéo de Lorena Masikini :

 

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