À la rencontre des Peuls Bororo du Niger

Au FIMA, on célèbre certes la mode, mais aussi la diversité ethnique. Stylistes, artisans, musiciens, chanteurs et autres : la provenance des festivaliers est multiple. Aux couleurs d’une Afrique plurielle, le festival accueille 4 jours durant, rencontres et découvertes autour de la culture. 

Deuxième jour ensoleillé sur la presqu’île de Dakhla. L’ambiance est toujours la même, peut-être un peu plus détendue que le précédent. On ressent que les festivaliers ont pris possession des lieux et déjà noué quelques amitiés. Ça se regroupe par affinités, ça se salue et s’adresse des sourires. Perso, je n’ai pas le plan des lieux. Pas grave. Je laisse mes pas me guider sur le site du festival, et je découvre les différents bivouacs. Des tentes en toile et des tapis rouges jalonnent les allées qu’ornent subtilement lanternes et coffres sculptés. Les étoffes jaunes et scintillantes qui parsèment les quelques discrets recoins de ce camp éphémère, s’emparent des frêles bourrasques d’un vent chaud qui n’apporte que corps à ce rare silence.

On croise des têtes faussement familières dans ce décor presque d’un autre temps. Les accents africains entrent en harmonie avec les sonorités francophones ou anglo-saxonnes. On se sent presque à l’abri de la vie qui coule parfois trop vite tant cet air iodé revigore les sens. On respire. Les pas se dirigent alors vers une direction plus hasardeuse, éloignée. Mes pieds foulent ce sol chaud et aride jusqu’à découvrir un autre lieu, plus isolé. Excentrées du site, des tentes brunes disposées en forum rectangulaire accueillent des groupes d’artisans qui présentent le fruit de leur savoir-faire.

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Lors du FIMA, un espace était dédié aux différents artisans qui souhaitaient participer en tant qu’exposants. Ici on retrouve le coin des Nigériens peuls et touaregs venus présenter leur artisanat.

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Après un rapide tour de cette rocailleuse agora, mon attention se pose sur le stand des bijoutiers touaregs, rejoints par les Peuls Bororo. Au-delà de leur apparente et sculpturale sérénité enturbannée, se dégage une accueillante et mystérieuse aura. Seuls les yeux de ces hommes vêtus de bazin clair apparaissent, avec des airs solennels, quoique, parfois malicieux, rêveurs ou curieux.

Dari Labi porte-parole d’une communauté

Mes yeux sont alors attirés par la multitude d’objets artisanaux soigneusement disposés sur les étals ou suspendus. Entre les perles, les bijoux en argent et les pièces de cuir turquoise et pourpre, l’œil n’a pas de quoi s’ennuyer. « As salam aleikum mademoiselle, tu vas bien ? ». Mon égard est capté par un de ces artisans, Haman, tout sourire, qui m’invite à me rapprocher pour en découvrir davantage. En contournant l’une des tables, je vois assis et discret au fond de la tente, un grand homme qui observe plus qu’il ne parle. Loin de la tchatche de ses comparses venus vendre leur marchandise, il veille et de temps à autre, adresse quelques mots en haoussa aux commerçants. Son charisme est aussi impressionnant que sa stature. Je le salue humblement, ne sachant pas si il parle français. « Bonjour », me répond-t-il de sa voix grave et légèrement voilée, en ôtant la pièce de tissus qui couvre sa bouche.

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Dari Labi lors de la 11ème édition du Festival International de la Mode en Afrique.

Tout en me tendant la main, il m’invite à me joindre à lui et discuter. « Moi c’est Dari. Dari Labi. Je suis Peul Bororo. Tu as peut-être déjà vu mon groupe hier soir sur scène ? ». Méconnaissable sans sa tenue traditionnelle en tera-tera et son maquillage de cérémonie, l’homme s’amuse de ma surprise et poursuit : « Du coup on a été invités pour montrer notre culture à travers nos danses traditionnelles, on représente un des peuples du Niger. ». Si la barrière de la langue pose parfois des obstacles dans le dialogue, je sens l’envie transcendante de partage qui émane du Peul. C’en est même déroutant car la profondeur de ses yeux comble les passagères absences de mots. Il finit par m’expliquer que s’il encadre ici un groupe d’artistes, au Niger il est investi d’une fonction qui vise à sauvegarder le mode de vie pastoral du peuple peul bororo. Tout ce qui touche à sa culture et aux traditions qui vont avec, lui est extrêmement cher, d’où sa fierté de pouvoir la présenter dans un évènement aussi grand que le Festival International de la Mode en Afrique.

« On a l’occasion de voir des personnes très différentes de nous, qui viennent de toute l’Afrique. On est très contents de pouvoir échanger avec toutes ces ethnies par ce que sinon on se dit qu’ailleurs on ne les aurait peut-être jamais croisés ». Un sourire éclatant échappe à sa pudeur magistrale et Dari poursuit : « Je pense que ce qu’on a fait a plu parce qu’avant et après être montés sur scène, beaucoup de personnes sont venues nous prendre en photo. C’est ça qui est bon, ça montre que les gens sont heureux de nous rencontrer en vrai, vu que je pense qu’à part à la télé ils n’ont jamais pu voir ce genre de démonstration. ».

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Le groupe Peul Bororo lors de la soirée d’ouverture du FIMA

Nous sommes interrompus par les artisans touaregs qui observent par intermittence notre échange, pour lancer quelques taquineries : « Eh après il faudra venir nous voir, nous aussi on a des choses à dire ! Mais attention si tu veux prendre des photos on négocie, c’est payant !». Notre discussion continue jusqu’au moment où nous nous levons pour échapper au bruit qui pullule désormais dans la tente, conséquence d’une soudaine affluence de festivaliers. Dari Labi regarde mon appareil et me propose de le photographier. « Surtout enregistre bien tout ce que je t’ai dit sur nous, c’est important. On ne nous donne pas beaucoup la parole parce qu’on a plus tendance à se tourner vers ce qui saute aux yeux comme nos danses, parce qu’on trouve ça beau, mais pas plus loin. ».

C’est à ce moment qu’on comprend qu’il ne s’agit plus d’un simple témoignage visant à exprimer les découvertes qu’offrent ce cadre cosmopolite. Dari souhaite dépasser le stade de la perception folklorique trop simpliste qui suffit à beaucoup d’étrangers au contact de son ethnie. Sinon, quel serait son avenir ? Pour lui, la transmission doit se faire, et pas seulement entre Peuls ou entre Nigériens. Dans une Afrique en développement, les modes de vie traditionnels sont petit à petit laissés au profit d’une mondialisation qui laisse peu de place à ces cultures ancestrales, d’où l’importance de les conserver et de les partager.

« Tu comprends ? ». Dari scrute mon expression de ses yeux perçants qui se plissent lorsqu’il constate que mon mutisme signifie plus qu’un acquiescement. Il recouvre sa bouche de son turban et se retourne après m’avoir adressé ses bénédictions en guise d’au revoir. Le message est passé. Il s’éloigne et peu à peu retrouve la petite parcelle de tente où il se trouvait. De loin je contemple cette scène et je repars moi aussi de mon côté, avec ce souffle chaud en guise de compagnon.

 

Nawal.B

©cc/makeitmooove ©cc/fima

1 réflexion sur « À la rencontre des Peuls Bororo du Niger »

  1. Ce Site est merveilleux. Je souhaite y adhérer et en recevoir les nouvelles du monde. En effet Nawal B. apporte des nouveautés, des articles soignés. Elle touche des thèmes sensibles et si rarement évoqués. Je vous confirme tout mon soutien tout au long de votre carrière qui sera promettant te… L’Afrique de toutes les couleurs a besoin de vous! Les vents du Continents vous suivront et moi aussi ! Comtesse Emmanuelle Vidal Simões de Fonseca, Ministre de la Culture

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