LECTURE – « Se distraire à en mourir » de Neil Postman : une analyse du monde de l’information non-anachronique

Dans cet ouvrage paru en 1985, l’auteur dresse une analyse sur l’évolution de la sphère médiatique via ses différents médiums. 

Neil Postman scinde avant tout le monde des médias en trois catégories : celle de la transmission orale, celle de l’écrit et celle de l’image. Il décrit consciencieusement chacune de ces méthodes, en vectrices de l’information comme tributaires d’époques bien précises, avec les perceptions qui leur incombe. Selon lui, leurs propriétés ne sont en rien immuables car elles tendent à progresser et muter vers l’adaptation adéquate aux différentes ères de progrès technologiques. En suivant son raisonnement, ils tendent à générer une nouvelle appréhension de ce qu’est l’information par l’auditoire, le lectorat et le téléspectateur. L’oral valorise la mémorisation et l’imprimerie les côtés démonstratif et analytique de l’information rapportée. Quant à l’image, Neil Postman, la décrit comme un moyen de destruction d’espace et de temps, surtout ceux nécessaires au cerveau pour analyser et avoir un recul critique sur ce qui est rapporté. Ce médium ferait appréhender les faits de manière discontinue.

Le danger est dépeint par l’auteur avec sévérité. Son pressentiment en ce qui concerne l’audiovisuel est en 1985, déjà pessimiste même si il ne prend pas en compte ce qui est relatif aux réseaux sociaux. Pour lui l’âge de l’électricité et de la télévision alimentent un flot continu d’informations qui n’ont plus aucune utilité, car plus aucune proximité avec celui qui la capte. Il y a donc une dérive car l’homme s’habitue à être sans cesse abreuvé par un contenu extrêmement synthétisé et simplifié. La quantité remplace la qualité, et la facilité d’accès provoque une paresse en termes de recherche et d’interrogations dans l’approche de l’information par l’homme. Neil Postman donne des exemples concrets pour illustrer ce qu’il qualifie de régression de la presse, en mettant notamment en exergue la manière dont sont désormais formatés les domaines de l’enseignement, de la publicité et de la politique.  On peut citer les politiciens, qui étaient dans le passé des orateurs et des écrivains : ils étaient capables d’argumenter plusieurs heures d’affilée dans une optique de conviction. La démocratie reposait sur la confrontation publique des arguments.

Neil Postman dresse, d’ailleurs, un constat pessimiste sur la durée : il ne s’agit pas pour lui d’un progrès dans la « transparence » au sein du « village global mondial » mais bien d’une illusion où l’utilisation de l’outil devient néfaste pour l’utilisateur lui-même.  En bref, on peut comparer cette analyse aux rapports entre l’offre et la demande. Laquelle prime sur l’autre ?  À la lecture de « Se distraire à en mourir », le parti de Neil Postman est pris : l’offre a vaincu la demande. En 2019, il aurait probablement pu continuer son analyse sur un dernier chapitre traitant de la dérive de l’information via les réseaux sociaux et de son aspect viral.

Nawal Benali

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©cc/flickr

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