Dj Sonikem, un discours engagé : « Aujourd’hui les djs n’ont plus de signature sonore »

Parlons djing ! Sonikem, en dehors de toutes ses activités, reste un Dj Hip-Hop. Et sa culture, il y tient. C’est empreint d’un franc-parler sans retouches et engagé dans l’aspect artistique de la profession, qu’il nous livre ses observations.  

Quand est-ce que tu as commencé le djing ?

J’ai commencé en 1997, quand j’avais 17 ans. En fait, ce qu’il faut savoir, c’est que j’ai beaucoup travaillé en tant que dj Hip-Hop, mais pas dans le milieu Hip-Hop. À l’époque je faisais du skate et du roller. Du coup je mixais lors de ces évènements de sports extrêmes. Ensuite j’ai commencé à mixer dans les soirées Hip-Hop sur Paris, quand il n’y avait que deux ou trois clubs qui jouaient ce genre d’ambiance. Et c’est après j’ai pu voir toute l’évolution et l’explosion des soirées Hip-Hop.

Tu as une approche artistique qui cherche à créer des liens entre beaucoup d’éléments et on te sent très ouvert d’esprit. Alors comment tu te définis en tant que Dj ? Est-ce qu’on peut te mettre dans une catégorie ?

 S : Oui je suis un dj Hip-Hop. Mais le Hip-Hop, c’est la seule culture qui justement, s’inspire de toutes les autres. Ça représente bien ma vision des choses et je la re-transpose dans mon approche du djing. Les premiers beats Hip-Hop se sont faits à base de sample de funk, de jazz… Quand t’es un bon mec du Hip-Hop, t’es super ouvert et tu vas chercher dans toutes les autres cultures artistiques et musicales, ce qu’il y a de bon pour créer quelque chose d’encore plus fort. Tu prends un peu de salsa par-ci, un peu de musique africaine par-là, un peu de classique, un peu de tout, tu fais un petit mix et ça déchire, quoi ! (rires)

En gros… Blender ?

Ouaaaaiiiis, Blender ! Tu connais ! (rires)

« Aujourd’hui on prend des copains, des djs star, ou des djs pas cher, mais pas de vrais artistes »

En tant qu’artiste, organisateur d’évènements, mais aussi dj, qu’est-ce que tu penses de l’évolution dans le monde du djing ?

 S : Aujourd’hui être dj, c’est plus accessible et ça permet à plein de personnes dont c’était le rêve de s’y mettre. Après je trouve ça facile d’être négatif face à cette évolution, parce que c’est devenu simple. À l’époque, rien qu’une platine, c’était 1500 balles, et tu ne pouvais rien faire avec, parce qu’il fallait une table de mixage, etc… Maintenant, avec 500 euros tu peux avoir du matériel et tu peux mixer dans les mêmes soirées que moi. En vrai, ça c’est chan-mé. Après ce qui est vraiment fondamental, c’est la recherche musicale, le selekta. Pour moi c’est ça être dj. Le reproche que je ferais, c’est aux programmateurs : ils doivent faire une sélection, et regarder le travail que les djs font, pour jauger de sa qualité.

Est-ce que tu as l’impression que de nos jours, on en demande trop aux djs ?

Aujourd’hui on demande aux djs d’être producteurs pour qu’ils soient bookés. C’est dommage parce que je trouve quand même qu’il y a une perte du savoir-faire. Par exemple sur les festivals, on booke des producteurs, qui souvent ne sont pas dj. Et tu vois bien qu’il n’y a pas l’énergie. Il y a du gros son, ça pète, c’est fort, mais de suite logique, réfléchie, pensée. C’est juste une succession de titres qui pètent, mais ça tout le monde peut le faire. On prend des copains, des djs star, ou des djs pas chers, mais pas des vrais artistes.

 « Ça manque de grandes gueules dans le Hip-Hop »

Est-ce que finalement ce que tu décris, c’est aussi une perte d’identité qui touche de plus en plus le djing ?

C’est exactement ça. Dans le djing c’est comme dans le rap : t’as un mec qui rappe de telle manière, et tout le monde veut se calquer dessus ! Du coup, maintenant on voit plein de mecs qui mixent pareil. Aujourd’hui les djs n’ont plus de signature sonore et je trouve ça chiant. Moi si on me dit que je mixe comme untel, mais je sors, je me tape la tête contre les murs, c’est pas possible !

Selon toi, c’est devenu un effet de mode ?

Oui, et du coup il y a une perte d’essence artistique et d’âme. Et pour moi ça manque de grandes gueules dans le Hip-Hop. Tout le monde est là en train de dire « Oh c’est chan-mé, c’est chan-mé ! ». Mais non ! Quand c’est de la merde il faut le dire.

C’est la fin de l’interview, Make it mooove te laisse le dernier mot.

Ben… à bientôt ! (rires) Et venez aux évènements !

 

Pour retrouver Sonikem : Facebook / Instagram / Youtube

Nawal. B

©cc/sonikem

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