Victor « Human » Balatier : un danseur Hip-Hop chamanique

Le Hip-Hop rencontre beaucoup d’influences, d’où sa richesse. Chaque danseur a sa personnalité et ses spécificités : un point que notre interlocuteur a bien compris. C’est dans une ambiance détendue, accompagnée d’une musique de méditation, que Make it Move découvre la philosophie de celui qui se fait appeler Victor Human.

Make it mooove : Salut Victor, si tu commençais par nous expliquer pourquoi ce choix de « Human » comme nom d’artiste ? Ce n’est pas commun.

 Victor Human : Tout simplement parce que c’est littéralement « Humain ». C’est pour rappeler que derrière notre nom, notre prénom, on est avant tout, humains. Et c’est marrant parce que en 2018, c’est devenu quelque chose d’original de l’avoir mis derrière mon prénom, alors qu’en fait c’est basique. Et pour l’histoire, j’étais un jour au 104 [ndlr : point de rencontre de beaucoup de danseurs et artistes parisiens] et il y a un gars qui est venu discuter avec moi. On parlait des blases, et il m’a sorti « Victor Human ! ». Je me suis dit « Ah ouaaaaais, Mais Victor Human c’est stylé ! ».

On te connaît beaucoup en tant que danseur Hip-Hop, comment tu es tombé dedans ?

Alors je suis né à Juvisy dans le 91, un lieu assez propice à la découverte du Hip-Hop, mais c’est seulement quand j’ai déménagé sur la Côte d’Azur que ça s’est fait. (rires) C’est dans une petite MJC de Peymeinade que ça a commencé. La prof c’était une nana qui s’appelait Amélie Casarotti, et elle m’a vraiment donné le kiff de ouf pour cette danse, par sa pédagogie. Cinq ans après, elle a eu un problème et j’ai dû la remplacer lors de ses cours. J’avais 14 ans à l’époque, et c’était un challenge parce qu’il fallait gérer des petits, des ados, et créer des spectacles avec le peu de matière que j’avais. Mais c’était bien kiffant. En fait mon amour pour la danse a commencé avec un goût prononcé pour la musique, pour la transmission et le partage. Parce qu’en vrai on échange beaucoup par la parole mais le mouvement c’est tellement plus simple et direct.

Et après ?

Après j’ai enchaîné sur 4 ans où j’ai vraiment développé ma danse. Là où j’étais il y avait un crew de breakeurs à l’ancienne, et je m’entraînais avec eux. Quand je suis arrivé en terminale j’ai fait une fusion Jazz/Hip-Hop avec une pote. Ça m’a apporté une nouvelle manière de découvrir la connexion. À la même période, j’ai rencontré Fanny Polly, une autre prof de Hip-Hop et c’est là que je me suis dit qu’il fallait vraiment que je fasse quelque chose dans la danse. Je me suis renseigné sur les écoles de Hip-Hop sur Paris et j’ai vu la JD School. Le problème c’est que j’y ai ressenti une ambiance où on propose une vitrine de technique avec des gars Hip-Hop qui déchirent, mais la transmission n’était pas celle que je recherchais. En parlant avec Thony Maskot, j’ai décidé de partir sur la Kim Kan School, quand j’avais 18 ans. Du coup j’ai été formé dans pas mal de disciplines : break, house, popping, lock, hype, jazz-rock… Là j’ai 22 ans donc ça fait deux ans que j’ai terminé la formation, et puis maintenant je danse dans le groupe Hype’n’spicy avec El Fonky Juice. Avec tout ça, on va dire que je suis assez ouvert niveau Hip-Hop.

 

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Tu es très polyvalent dans l’approche de ce à quoi tu touches, donc est ce que tu as  véritablement un domaine de prédilection bien défini ?

Je dirais la danse quand même, mais en vrai c’est l’art du mouvement. Pourquoi ? Parce qu’avant de commencer la danse j’ai toujours fait plein de sport donc ça a aussi commencé comme ça. Je suis passé par la baby gym, du hockey, du cross-country, du BMX, du mountain-board, j’ai été goal, j’ai même fait du cheval ! (rires) En fait c’est l’adrénaline, j’ai toujours aimé ça. Donc la danse dans l’art du mouvement, c’est quelque chose qui me représente parce que c’est là que j’utilise tout mon corps, même des parties que je ne connais pas, toujours avec la recherche d’une certaine maîtrise. En parallèle j’ai développé un attrait pour l’expression en elle-même et à écrire des textes, donc le rap. Mais en fait ça se rejoint.

« Après le mouvement, vient la parole »

Parle-nous un petit peu de ce que tu entends, quand tu parles d’attrait pour l’expression ?

J’aime bien exprimer ma pensée en fait. Pour moi c’est une force, et ça m’apaise vis-à-vis de tout ce qui se passe dans le monde, parce qu’en concret on n’a pas les armes pour y répondre. Après le mouvement, vient la parole. Parce que savoir s’exprimer en mouvement te permet par la suite de t’exprimer par la parole. T’exprimer par la parole, te permet par la suite de le faire en mouvement, puis les deux en même temps. Dans le Hip-Hop c’est un tout : et finalement c’est se sentir libre.

On est dans le Human là ?

Ah on est dans le Human, exactement. (rires)

Aujourd’hui on a tendance à tout mettre dans des cases, et à tout codifier. Si ton domaine de prédilection c’est être libre, comment tu te sens vis-à-vis de ce phénomène qu’on retrouve aussi dans la danse ?

Et bien c’est peut-être paradoxal, mais même si on voit beaucoup les choses par des cases aujourd’hui, ce n’est pas forcément un problème si elles ont des portes ouvertes vers l’extérieur. Mais sinon dans le Hip-Hop à proprement parler, ça va plus être du registre de la discipline à laquelle on appartient. J’ai eu beaucoup de mal avec ça au départ parce que la polyvalence, c’est le reflet de ma personnalité et quand je me suis confronté à cette classification je me suis retrouvé perdu dans ma danse pendant un moment. Mais au final, ce sont ces cases qui permettent à mon identité de s’exprimer avec plus d’impact et de clarté. En fait, ça apporte un cadre à mon côté expérimental, pour que je ne dévie pas. Après si on parle des cases de la société, franchement j’en ai plus rien à battre ! (rires) Que tu sois riche, pauvre, vieux, gros, maigre, moche, belle… Au bout d’un moment on est juste humains, et le « Human » il revient là. Pour moi, c’est là que le Hip-Hop a un rôle à jouer dans notre société : casser les clivages et les préjugés en montrant qu’on peut tous kiffer ensemble.

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Dans ta manière de parler, on entrevoit que tu as du mal à ne faire allusion qu’à toi. On en revient toujours à parler du monde. Ça te vient d’où ?

(Rires) Et bien c’est vrai mais je l’ai découvert il n’y a pas très longtemps. Ça a fait « tilt » quand je me suis rendu compte que je n’étais bien qu’à partir du moment où les autres l’étaient aussi. Du coup, je veux toujours faire en sorte que les personnes autour de moi soient à l’aise et heureuses. Je crois que je serais toujours comme ça. De toute façon on est le reflet de l’autre et vice-versa. Donc je parle en tant que moi, Victor, mais c’est vrai que c’est moi dans un ensemble qui est composé des autres. Ce serait égoïste et dommage de ne réfléchir que par rapport à soi. Il faut lever la tête, regarder l’autre jusqu’au bout et l’accepter. Et c’est ça que je veux véhiculer dans le Hip-Hop d’ailleurs.

Pour toi, dans le fond, c’est ça être un artiste dans le milieu du Hip-Hop ?

Ah… C’est compliqué. (rires) Qu’est-ce qu’un artiste aujourd’hui ? Ce qui est sûr c’est que pour moi c’est quelque chose qui se tisse petit à petit, mais je ne saurais pas le définir. Dès que j’aurai trouvé une définition je reviendrai la donner. (rires) Tout ce que je sais, c’est qu’actuellement c’est que je suis en train de le vivre.

L’interview touche à sa fin, si tu nous dévoilais quels sont tes projets ?

Alors je ne sais pas pourquoi je dis ça, mais bon comme on parle d’avenir… (rires) J’étais chez ma cousine et j’ai tiré les cartes. J’ai pioché « perspective adjacente », « voyage » et « monde », et en fait c’est carrément mes projets ! Sinon je travaille avec Mehdi Si No Mad sur un spectacle d’une heure, et un autre spectacle avec la Compagnie Loon de Fouad Boussouf. J’ai aussi des projets avec mon groupe, Hype’n’spicy. Et puis en dehors de ça je vais continuer de transmettre et donner des cours. Ah oui ! Rien à voir mais je compte être plagiste au Pullman, comme ça je ferais mes journées et après je pourrais training sur la plage. Dissocier les thunes de sa passion c’est bien parfois. Et puis après, ma musique… Et mon dernier projet, c’est de valider ma putain de licence ! (rires)

Ton mot de la fin ?

Peu importe le mouvement qu’on représente, soyons les premiers à accepter que la Terre est le plus beau des spectacles.

Pour suivre tous les projets de Victor Human, Make it mooove vous convie à le suivre sur ses réseaux sociaux :

Instagram : victorhuman

Facebook : Victor Balatier

Nawal.B

©cc/victorbalatier

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