Duel Hip-Hop contre Far West, lequel l’emportera ?

Make it mooove s’infiltre dans les coulisses du clip « Allumé  » de Comi Banga

   Un ranch, un saloon, des regards défiants, la tension est palpable… 2018 ou 1870 ? Après deux jours passés sur le site du tournage, la confusion s’installe. « Allumé », c’est le nouveau titre du rappeur Comi Banga, qui s’approprie l’histoire d’anciens esclaves affranchis confrontés à la survie dans un cadre « Wild wild west ».

    L’arrivée est pour le moins folklorique. En deux heures et demi de trajet, on bifurque d’un Paris blafard et bruyant à un ranch américain au beau milieu des prairies. Cet endroit, c’est la « Valise à Cheval », une maison d’hôte pour le moins dépaysante. D’emblée le visuel frappe : des crânes de vaches ornent le dessus des portes, des charrettes en bois vieilli sont éparpillées sur l’ensemble du domaine et les lanternes anciennes frayent ensemble, un chemin vers une histoire bien singulière. Comi semble conquis, le troisième clip de sa nouvelle mixtape s’annonce bien.

   À peine le pied hors de la voiture, c’est Garrett, suivi de près par Kate, qui vient nous accueillir : « Alors c’est lequel Comi Banga ? ». Atypique et jovial, le cow-boy nous emmène visiter les lieux. Que de surprises : un saloon, une reconstitution d’un store [ndlr : anciennes boutiques sur le passage des cow-boys utiles à leur ravitaillement], et des chambres tout aussi authentiques. Toutes deux sont des répliques impressionnantes : l’une d’une prison, l’autre de l’habitat du célèbre trappeur Hugh Glass. Impressionnant ! Yann Moumani, le réalisateur observe et conceptualise déjà ses séquences, avec un certain entrain.

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Un clip à l’image d’une cause qui perdure : la discrimination raciale 

   Pas le temps de traîner, à peine les affaires déposées, Comi Banga enfile sa première tenue, et commence par tourner les plans de playbacks avec Yann et le jeune chef opérateur, Bastien. Le reste des acteurs est prévenu par le rappeur : « Dans deux heures, on commence à tourner au saloon avec tout le monde ». Il s’agit là de la scène clé du clip. Toute l’intrigue en découle : Comi y incarne un ancien esclave affranchi lors de la guerre de sécession, faisant face aux difficultés causées par la ségrégation avec sa famille. S’aventurer dans un saloon rempli de cow-boys à la peau blanche s’avère alors risqué.  Cette scène, il y tient particulièrement. Assisterait-on à une scénarisation métaphorique d’une problématique belle et bien contemporaine ?

    « J’avais envie à travers ce projet de représenter et défendre la cause des communautés noires. C’est l’un des messages que mon clip comporte, mais c’est aussi une des lignes directrices de ma mixtape « Negrolàoui ». », explique l’artiste. Il enchaîne : « On se rend compte qu’aujourd’hui même dans un pays comme la France, on est rempli de préjugés les uns envers les autres, que ce soit communautaire ou non. Il n’y a pas de soutien mutuel, et ça même entre des personnes qui traversent les mêmes difficultés. ». Le rappeur a réussi à combiner à la fois sa philosophie, sa musique et un clin d’oeil à Django Unchained, film de Quentin Tarantino, en un seul clip. Une performance non négligeable.

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« Ah non ! Mais c’est pas histo’ ça ! »

         Il est près de 14 heures lorsque l’ensemble de l’équipe se joint au reste des acteurs et figurants. On remarque aussi, la présence de Dame de Caro. C’est en chanteuse éclectique, qu’elle revêt volontiers un costume d’époque et se glisse dans la peau de celle qui cessera toute mélodie à la vue de Comi dans le saloon. Se voir les uns, les autres affublés de la sorte, emporte ce week-end vers une nouvelle dimension. « On s’y croirait vraiment ! », c’est la phrase que chacun de nous aura prononcé au moins une fois. Les perspectives que le cadre offre, et l’ambiance qui se réchauffe de plus en plus entre les participants, se mêlent pour créer une synergie qui perdurera tout au long du tournage.

     Une atmosphère bon enfant qui se prête à l’humour, certes, mais attention à la véracité des reproductions ! Garrett, c’est un peu le contrôleur d’authenticité du tournage. Combien de fois l’a-t-on entendu réprimander l’équipe : « Ah non ! Mais c’est pas histo’ ça ! » ? Très vite, lui et Kate se sont impliqués pour apporter un maximum de réalisme au projet. Aussi, lorsque l’anachronisme visuel est trop prononcé, ils reprennent les rennes à renfort de cours d’histoire improvisés, et réajustent costumes et accessoires. C’est toujours avec le sourire que Comi, jusque-là plus dandy congolais que cow-boy, se fait une raison et cède. Chaque détail compte, et ne pas l’oublier saupoudre le rendu final d’un cachet inestimable.

« Ah c’est ça les rappeurs en fait ? Ça se couche tôt et ça boit du thé ! »

   Prises et séquences s’enchaînent jusqu’à la tombée de la nuit. C’est fini pour aujourd’hui, il faudra attendre le jour pour continuer. On se dévêt de son accoutrement pour retrouver son apparence d’origine, et ça fait presque bizarre. Yann et Bastien commencent à visionner les images. C’est très rapidement que tous les curieux s’en rapprochent pour avoir un aperçu de ce que rendent les performances de l’autre côté de la caméra. Ça se taquine, ça se chambre, mais tout le monde reste subjugué par ce qu’il voit : ce clip sera une belle réussite. « Ce qui fait chaud au cœur, c’est l’implication mais aussi la plus-value que chacun des personnages apporte par son jeu d’acteur. C’est chaud, on dirait que tout le monde a dix ans de carrière », s’enjoue Comi Banga.

  On dîne au saloon, tous autour d’une grande table. Au menu : du bison en rillettes ou saucisson, du chili, une apple pie [ndlr : tourte aux pommes]. Que des recettes américaines de la deuxième moitié du 19ème siècle, soigneusement concoctées par Kate. Les palais découvrent ces nouvelles saveurs, de même que les oreilles sont à l’écoute des anecdotes des uns et des autres. Les rires fusent de toute part, au rythme des boutades envoyées, jusqu’à la fin du repas. C’est devant un thé que la fatigue nous gagne peu à peu. Les deux plus atteints sont visiblement Yann et Comi, ce qui n’échappe pas à Garrett : « Ah c’est ça les rappeurs en fait ? Ça se couche tôt et ça boit du thé ! ». Blague à part, il finit par admettre : « Au départ avec Kate, on ne comprenait pas le lien entre ta musique et le Far West. Donc finalement, on découvre une culture autant que vous. C’est une belle surprise ! ».

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La nuit ? « Nous même on n’a pas compris »

     Le réveil se fait timide. Le rendez-vous fixé à 8h30 au saloon pour le petit-déjeuner , serait-il déserté ? Le premier à émerger est Bastien, l’air fatigué. Quand on lui demande ce que ça fait de dormir dans une « prison » il répond : « Ils ont laissé la lumière allumée toute la nuit, et ça ronflait ». Bon, ça en dit long. Comi lui succède, l’air satisfait et reposé, le contraste est…amusant. Petit à petit on se retrouve au grand complet à nouveau autour de cette fameuse table, à l’exception de Yann qui semble avoir eu quelques soucis dans la nuit. Il paraît qu’il se soit retrouvé enfermé dans une section du domaine : « Ah c’est pour ça qu’il m’a appelé plein de fois ?  J’ai vu ça en me réveillant », lance Comi. Lorsque le concerné arrive enfin et que tout le monde l’interroge sur ses déboires, c’est en riant qu’il dit : « Nous même on n’a pas compris ».

    Il est 9h30 lorsque le tournage reprend. Plus que quelques scènes en extérieur à shooter et il en sera fini de cette aventure. Pas évident, au regard de la pluie qui ne cesse de sévir sur la région. La suggestion de Garrett, c’est d’utiliser le store : une alternative qui tombe à pic. Finalement, cette scène qui n’était pas au programme, s’avère être une idée cadrant bien avec le scénario initial.

« Allumé, allumé, allumé

J’ai sorti mon glock

J’ai allumé… »

   Derniers playbacks, derniers plans, quelques photos et c’est terminé. Cette fois les costumes sont rendus définitivement à Garrett et Kate. On se réunit une dernière fois tous ensemble autour d’une tasse de café avant de se dire au revoir. Les remerciements vont bon train dans les deux sens. On aura tous appris, ri, échangé, et découvert au fil de ce week-end hors du temps. On repart doucement vers la région parisienne, laissant ce bout d’Amérique à ceux qui auront la curiosité de tenter l’expérience.

Quand on y réfléchit, n’a-t-on pas laissé germer, l’espace de ces deux jours, la représentation sincère d’un beau message d’unité interculturelle, intergénérationnelle et interraciale ? N’est-ce pas une finalité attendue et souhaitée par le concept de « Negrolàoui » ?

Le clip du titre « Allumé » sortira dans quelques semaines. À surveiller !

Pour suivre les activités de Comi Banga, retrouvez-le sur ses réseaux sociaux :

Facebook / Instagram / Youtube 

Nawal. B

©cc/comibanga

 

 

 

 

 

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